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dimanche 12 février 2012

Lecture de paysage dépaysante !

En avril dernier paraissait le livre de Jean-Christophe BAILLY intitulé Le Dépaysement - Voyages en France".



Avec plus de 400 pages, il nous entraine dans une promenade en de multiples lieux français avec un esprit extrêmement vagabond. Pas question de décrire les sites. Il s'agit d'être dans les lieux et de les ressentir, par leurs vies, leurs histoires, leurs acteurs. L'auteur laisse son esprit suffisamment libre pour nous offrir des digressions à partir de chaque emplacement visité.
Quelques exemples : une promenade avec l'histoire de l'immigration en toile de fond dans " La France commence à Gentilly, Portugal" ; la notion de nation dans "Quelle est petite, la Seille !" ; la géographie, l'histoire et la littérature conjuguées dans "Beaugency, Vendôme, Vendôme ..." ; l'identité régionale dans "Le Nord ?".
Bref, cet ouvrage a quelque chose de magique. Le style en est parfois difficile, certains diront "ampoulé" mais son emphase correspond bien au sentiment que cherche à inspirer JC Bailly. En fait, cette lecture nous propose 400 pages de ballade intellectuelle autour de thème de l'identité, qu'elle soit locale, régionale ou nationale. C'est donc un livre éminemment politique. Il nous invite à être acteur de réflexion. Quelle perception avons nous de l'identité française ? D'où le sous-titre du livre. Bailly nous propose de nous dépayser chez nous !
L'originalité, ce n'est pas une réflexion en plus sur le sujet ; c'est le récit d'une expérience de voyage, réel, aux quatre coins de l'Hexagone. Il y a de l'histoire, de l'Histoire, des histoires ... il y a notre histoire commune dans ce livre ... déroutant.
Bonne lecture.
Malgré les efforts que peut demander sa lecture, ce livre mérite de prendre une bonne place dans la bibliothèque du paysage.

Les propos de Jean Christophe Bailly par lui-même :
http://www.dailymotion.com/video/xirpm9_jean-christophe-bailly-le-depaysement_creation

Jean-Christophe BAILLY (2011), Le Dépaysement - Voyages en France, éditions du Seuil, 23 €

mercredi 11 août 2010

Matt Simmons est mort

Le nom de ce banquier ne vous dit sans doute rien, pas plus que le nom de son cabinet d'expertise Simmons & C°.

Si je vous dis "Twilight in the desert" (rien à voir avec la série de livres à succès de Stéphenie Meyer), vous pouvez peut-être faire le lien avec l'Arabie Saoudite, pays qui est au centre de ce livre de Matt Simmons.


Il y développe une théorie, créée par King Huppert, sur le pic pétrolier (the peak oil) où le financier qu'il est donne raison au géologue. Il demande surtout une plus grande transparence de la part des pays producteurs et des sociétés exploitantes des réserves pétrolières afin de mieux prévoir l'avenir, anticiper les changements fondamentaux qui finiront par survenir de l'après-pétrole, et éviter une spéculation sans raison sur les produits qui ont sont dérivés.


Aujourd'hui, où l'on commence à mesurer l'impact du pétrole dans notre société, dans l'aménagement du territoire et nos paysages, avec ce que cela comporte d'irréversible, la fiabilité des informations sur les ressources énergétiques n'est toujours à l'ordre du jour. Elle devrait pourtant figurer au premier plan de nos préoccupations. Pour garantir le statut quo pacifique actuel entre producteurs et consommateurs, pour mieux préparer les alternatives, pour faciliter les prises de conscience des populations. La fuite du puits du Golfe du Mexique pourrait servir de leçon, non seulement pour la prise en compte du risque environnemental, mais aussi pour mesurer à quel point cette ressource est précieuse et non renouvelable.
Attendons donc la prochaine catastrophe ! Et il faut continuer de répéter les demandes de transparence des gouvernements et des sociétés pétrolières déjà demandées par Hupper et Simmons depuis plusieurs années sur les productions, consommations et états des réserves de l'ensemble des pays.

jeudi 19 février 2009

Merci Fred pour ce beau texte

"Nous y voilà, nous y sommes.
Depuis cinquante ans que cette tourmente menace dans les hauts-fourneaux de l'incurie de l'humanité, nous y sommes. Dans le mur, au bord du gouffre, comme seul l'homme sait le faire avec brio, qui ne perçoit la réalité que lorsqu'elle lui fait mal. Telle notre bonne vieille cigale à qui nous prêtons nos qualités d'insouciance.
Nous avons chanté, dansé.
Quand je dis « nous », entendons un quart de l'humanité tandis que le reste était à la peine. Nous avons construit la vie meilleure, nous avons jeté nos pesticides à l'eau, nos fumées dans l'air, nous avons conduit trois voitures, nous avons vidé les mines, nous avons mangé des fraises du bout monde, nous avons voyagé en tous sens, nous avons éclairé les nuits, nous avons chaussé des tennis qui clignotent quand on marche, nous avons grossi, nous avons mouillé le désert, acidifié la pluie, créé des clones, franchement on peut dire qu'on s'est bien amusés.
On a réussi des trucs carrément épatants, très difficiles, comme faire fondre la banquise, glisser des bestioles génétiquement modifiées sous la terre, déplacer le Gulf Stream, détruire un tiers des espèces vivantes, faire péter l'atome, enfoncer des déchets radioactifs dans le sol, ni vu ni connu. Franchement on s'est marrés. Franchement on a bien profité.
Et on aimerait bien continuer, tant il va de soi qu'il est plus rigolo de sauter dans un avion avec des tennis lumineuses que de biner des pommes de terre.
Certes.
Mais nous y sommes.
A la Troisième Révolution. Qui a ceci de très différent des deux premières (la Révolution néolithique et la Révolution industrielle, pour mémoire) qu'on ne l'a pas choisie.
« On est obligés de la faire, la Troisième Révolution ? » demanderont quelques esprits réticents et chagrins.
Oui.
On n'a pas le choix, elle a déjà commencé, elle ne nous a pas demandé notre avis. C'est la mère Nature qui l'a décidé, après nous avoir aimablement laissés jouer avec elle depuis des décennies.
La mère Nature, épuisée, souillée, exsangue, nous ferme les robinets. De pétrole, de gaz, d'uranium, d'air, d'eau.
Son ultimatum est clair et sans pitié : Sauvez-moi, ou crevez avec moi (à l'exception des fourmis et des araignées qui nous survivront, car très résistantes, et d'ailleurs peu portées sur la danse).
Sauvez-moi, ou crevez avec moi.
Evidemment, dit comme ça, on comprend qu'on n'a pas le choix, on s'exécute illico et, même, si on a le temps, on s'excuse, affolés et honteux. D
'aucuns, un brin rêveurs, tentent d'obtenir un délai, de s'amuser encore avec la croissance. Peine perdue.
Il y a du boulot, plus que l'humanité n'en eut jamais.
Nettoyer le ciel, laver l'eau, décrasser la terre, abandonner sa voiture, figer le nucléaire, ramasser les ours blancs, éteindre en partant, veiller à la paix, contenir l'avidité, trouver des fraises à côté de chez soi, ne pas sortir la nuit pour les cueillir toutes, en laisser au voisin, relancer la marine à voile, laisser le charbon là où il est, attention, ne nous laissons pas tenter, laissons ce charbon tranquille, récupérer le crottin, pisser dans les champs (pour le phosphore, on n'en a plus, on a tout pris dans les mines, on s'est quand même bien marrés).
S'efforcer.
Réfléchir, même. Et, sans vouloir offenser avec un terme tombé en désuétude, être solidaire. Avec le voisin, avec l'Europe, avec le monde.
Colossal programme que celui de la Troisième Révolution.
Pas d'échappatoire, allons-y.
Encore qu'il faut noter que récupérer du crottin, et tous ceux qui l'ont fait le savent, est une activité foncièrement satisfaisante. Qui n'empêche en rien de danser le soir venu, ce n'est pas incompatible.
A condition que la paix soit là, à condition que nous contenions le retour de la barbarie, une autre des grandes spécialités de l'homme, sa plus aboutie peut être.
A ce prix, nous réussirons la Troisième révolution.
A ce prix nous danserons, autrement sans doute, mais nous danserons encore."

Fred Vargas
Archéologue et écrivain

lundi 7 janvier 2008

Michel Lerond sur le Web

Il est ingénieur écologue, consultant et essayiste. Depuis de "nombreuses" années, Michel Lerond est un ardent défenseur de la mise à la disposition de tous les publics des connaissances en matière d'écologie, de développement et d'environnement.
Souvent au carrefour des sciences et de la politique (au sens noble de ce terme), il est un conseil avisé pour l'aménagement du territoire qui sera respectueux de cette Terre qui nous (sup)porte.

Michel Lerond a réalisé de nombreuses études pour les institutions, les entreprises et les collectivités de Haute-Normandie mais également dans d'autres régions.

Il a crée et dirigé le Centre de Documentation du Museum d'Histoire Naturelle de Rouen (CDM) en 1978 devenu l'Observatoire Régional de l'Environnement de Haute-Normandie, depuis transformé en Agence Régionale de l'Environnement (AREHN).
Il a rédigé et édité quelques études passionantes comme "L'évaluation environnementale des politiques, plans et programmes. Objectifs, méthodologies et cas pratiques" en collaboration avec quatre autres auteurs aux éditions TEC & DOC.
Avec Monique Fouray, Michel raconte le muséum de rouen dans "Le 150e anniversaire du Muséum de Rouen : Historique, évolution de la muséologie en sciences naturelles", édité par le CDM en 1978.
Il a mis au point une utilisation des lichens comme indicateurs de pollution et tracera une cartographie de la pollution dans la région de la basse Seine en 1980.

Michel Lerond est maintenant présent sur la blogosphère avec son site : Le blog de Michel Lerond qu'il alimente au gré de ses envies, de ses réactions, de ses humeurs et de ses réflexions... dictées par l'actualité en écologie, en développement soutenable et plus globalement sur des problèmes de société.



Son dernier livre est disponible chez l'Harmattan.
Il s'appelle "Le développement soutenable - Evaluation simplifiée dans un contexte Nord-Sud", écrit en collaboration avec Georges Lanmafankpotin.

Si vous vivez en Normandie, vous avez sans doute déjà vu ou lu des travaux de Michel sans le savoir. Par exemple avec les Profils environnementaux régionaux de Basse-Normandie et de Haute-Normandie.


Homme d'une grande courtoisie, je suis certain que ses analyses seront pour vous d'un grand intérêt. Allez donc lui rendre visite.

lundi 20 août 2007

Paysage de l'Eau

Le 13 janvier dernier a eu lieu à Castrovillari (Parc National de Pollino - Italie du sud) un workshop sur "les Paysages de l'Eau", et dans ce cadre, Odile Jacquemin présentait l'expérience des atelier de paysage en littoral varois.
La lecture du paysage choisie se fait fait par le chemin de l'eau ; "rivière ou canal sont des entrées pour s'intéresser aux notions d'hydrologie, de topographie et d'écologie".

Sa démarche est fondamentalement multiscalaire et intègre le temps : "Comprendre les modes de changements est une nécessité. L'histoire du paysage renvoie au changement et à la conscience de l'histoire. ... La compréhension des différentes échelles spatiales permet de situer les connaissances dans le contexte européen et l'approche globale de lier histoire de l'art, histoire des jardins, politiques et droits ...".


En fait, Odile Jacquemin a une conception du paysage très liée à un itinéraire culturel, comme elle le dit elle-même, mais ce n'est pas que "la somme un peu ennuyeuse des histoires des lieux juxtaposés", l'histoire locale devient outil de développement local, et l'évocation des liens permet de dépasser un simple état des lieux.

Le résumé de la thèse d'Odile Jacquemin est disponible sur le site de MALTAE dont je vous invite à découvrir les activités. Elle est architecte, urbaniste et historienne du paysage.

lundi 21 mai 2007

Le paysage, les ploucs et moi


Ce livre de Nicolas Chaudun a déjà 5 ans mais mérite de figurer parmi les bonnes références, et originales en plus, sur la lecture du paysage que tout un chacun peut développer.
Bien que je ne sois pas en accord avec tous les propos de l'auteur, il faut bien reconnaître qu'il joue parfaitement de rôle de l'aiguillon face à la pollution paysagère. Si les rond-points aménagés de façopn surprenante pour répondre à un souhait, certes justifié, de paysage maîtrisé ; si les subventions européennes pour l'agriculture vous semblent distribuer selon de critères étranges et bien peu soucieux du paysage ; si pour vous l'aménagement du territoire doit rimer avec prise en compte des besoins de proximité et d'intégration paysagère... alors ce libre ne pourra que vous réjouir. ;-)

Deux extraits pour le plaisir :
"Les meilleures raisons justifient le saccage. A commencer par l'Emploi, et, plus précisément, le chantage auquel il donne lieu quand il se fait rare. Tous les garde-fous s'abaissent, dès lors qu'il s'agit de créer des emplois. Ainsi le conseil général de la Vienne s'est-il mis en tête de ravager la forêt de Scévolles pour y installer - devinez quoi ? - le Naturoscope, un observatoire high-tech de la vie sauvage. Le tribunal administratif a beau s'y être opposé, la promesse de 200 emplois s'est payée au prix de cent hectares de pure nature dont la préservation eût été plus démonstrative que n'importe quel parc à thème."

"
S'il semble entendu qu'écologie et aménagement du territoire relèvent d'une commune problématique, il reste un impératif que le ministère de l'Environnement s'obstine à négliger : l'économie d'espace. Nous nous comportons en pionniers d'Amérique confrontés à une immensité vierge. Nous ne reconstruisons pas à la place de ce qui est obsolète, mais à côté, comme si nous disposions d'une réserve inépuisable de territoire. Ce lieu commun selon lequel la France ne serait qu'un vaste désert, il faut lui tordre le cou. On s'apprête à délocaliser les sites industriels sensibles (les fameux Séveso) en rase campagne, déserte, de préférence, sous prétexte d'épargner nos santés. Ainsi, les écologistes en charge de la qualité de notre environnement partent-ils à l'assaut des ultimes enclaves de territoire que notre inconséquence n'avait pu corrompre. Mais, bon Dieu, il n'est pas de pollution qu'atmosphérique ! Le grignotage, l'injure faite au regard en sont d'autres, tout aussi néfastes. Le beau, sous le ciel, est vital. Il dit tout, ou presque, d'un peuple. Le chaos perceptible à l'oeil nu préfigure l'agonie de ce peuple."

Le Paysage, les ploucs et moi, de Nicolas Chaudun, aux Editions du Rocher, collection Colère, 7,25 euros chez Amazon.fr