mardi 27 mai 2008

Formation CRDP 28/05

Si vous êtes enseignants, peut-être avez-vous vu passé cet avis de formation du CRDP de Rouen. C'est un Atelier Land Art qui vise les niveaux primaires, collèges et lycées, donc presque tout le monde.
Demain, mercredi 28 mai, toute la journée sera consacrée au Land Art pour 15 enseignants. Le matin est consacré aux concepts, diverses tendances, artistes principaux. L'après-midi, c'est travaux pratiques.
Je ne pense pas qu'en une seule journée il soit possible d'aborder tous les types de land art, depuis le gigantisme de Christo, Long ou Smithson, les fleurs de Kuruizaki, les mises en scène d'Oppenheim, le surréalisme de Kawamata ... et j'en passe.

En tout cas, voilà une bonne initiative du CRDP Haute-Normandie.

lundi 26 mai 2008

Transports de marchandises et paysage normand

Comme moi, vous avez peut-être été attirés par un article de la revue Ma Région d'avril 2008 intitulé "Transports de marchandise : une nouvelle voie". Il s'agissait de mettre en lumière l'ouverture de la voie ferrée reliant Motteville à Montérolier-Buchy, entre Pays de Caux et Pays de Bray. L'aménagement de cette voie ouvre la possibilité de transit des containers vers l'Est par le nord de l'Île-de-France.


Un train porte-conteneurs en Suisse

Mais, mis à part l'aspect pratique d'évitement de l'agglomération parisienne pour les marchandises arrivant au Havre, c'est aussi l'alternative aux camions chargés de containers ( 1 camions pour 1 containers). Le train ne permet pas d'aboutir à la destination finale du container mais permet un transport à cout moindre et une pollution très réduite.
En terme paysager, cet aménagement a été fait à moindre dégâts, seules l'électrification, et donc la pose de caténaires a donné une contrainte paysagère supplémentaire.
Autre alternative à la route, le fleuve est en train de vivre une véritable transformation de son utilisation.
Jusqu'à présent, le but était de faire venir les marchandises venant à travers les mers, le plus loin possible à l'intérieur des terres. "Rouen - Port de mer" est le refrain préféré du Port Autonome de Rouen. Mais la donne pourrait bien changer.
Avec le projet de prolongement du grand canal du Havre vers l'écluse de Tancarville par le Port Autonome du Havre, le transbordement des containers sur des péniches pluviales à grand gabarit dans le port du Havre devient possible et rentable. En complément avec le nouveau canal Seine-Nord dont la réalisation devrait être engagée très prochainement. Et l'agglomération parisienne pourra alors être contournée par voie fluviale à grand gabarit à partir du Havre.

Porte-containers au Havre

Péniche porte containers dans le port de Lyon-Saint-Priest


On peut alors s'interroger sur le besoin du port de Rouen de maintenir la volonté d'un tirant d'eau à plus de 7 m dans le fleuve dans le cadre des travaux d'approfondissement (ou calibrage) qui vont débuter.
Il y a confrontation, ou contradiction. Est-ce le transport fluvial qui doit débuter au Havre ou le transport maritime qui doit venir jusqu'à Rouen.
Certes les grands cargos, minéraliers et autres Handymax qui viendront jusqu'à Rouen offriront un spectacle monumental souvent apprécié, mais contradictoire avec le calme souhaité sur les berges du fleuve en aval de Rouen.
Diminuer les camions sur les routes de la région est une volonté affichée par les politiques mais bien peu mise en avant par les organismes consulaires (chambres de commerces, ports autonomes) qui voient avant tout les intérêts économiques de leurs projets et la rentabilité de leurs investissements.
Quand verront-nous cesser le trafic permanent des poids lourds sur les anciennes routes nationales (devenues Routes Départementales 60xx) ?
Voies ferrées + voies fluviales = calme des citoyens mais aussi calme paysager. La montée des prix du carburant pourrait bien être un argument favorable.

dimanche 18 mai 2008

John Cage

Quelques musiciens célèbres ont cherché à faire de la musique de paysage. Plusieurs formes existent.
La musique descriptive évoque de façon assez réaliste le paysage comme Bedrich Smetana le fait avec sa célèbre Moldau (Vltava). Rappelez vous aussi de la VIe symphonie de Beethoven où un orage est si bien décrit par les notes.
Il existe une musique qui est plus évocatrice des sentiments que nous pouvons ressentir à l'observation d'un paysage. C'est le cas de la musique de Ferde Grofé dont la Grand Canyon Suite est restée l'œuvre sans doute la plus connue. Le compositeur vise alors à partager ses propres expériences sensitives avec des images sonores assez simples.
Et puis, il y a John Cage, avec son œuvre pour piano "In a Landscape". Cage est souvent qualifié de difficile par son aspect technique bien particulier. le "piano préparé", où des objets sont placés dans le piano pour obtenir des sonorité spéciales. Dans "In aLandscape", les sons sont plus "naturels" mais l'ensemble est assez éthéré, sans doute plus intérieur.
Et en plus, voici une mise en image qui "fonctionne".
Cette musique est associée à une vidéo qui me rappelle également l'interview dans un train de Michel Corajoud dont je parlait il y a maintenant plus d'un an.

Musique et vidéo se marient parfaitement.
Laissez-vous aller au paysage de cette musique.

lundi 12 mai 2008

Versailles - Le Parc


Le parc est toujours un espace végétal, orienté par l'homme, ou entièrement créé. Dans toutes les régions, ils représentent encore des pans entier du paysage, à tel point qu'ils constituent parfois une composante remarquable de ce qu'il est convenu de nommer "grand paysage". Ce fut le cas en Normandie durant la fin de l'ancien régime et jusqu'au cours du XIXe siècle, et ponctuellement encore aujourd'hui.
Le Parc du château de Versailles est ambivalent. Il est nommé "parc" car ses ouvertures de promenades au milieu des espaces boisés forment des dessins de grandes dimensions qui les fait participer au "grand paysage versaillais". Il suffit pour s'en convaincre de monter sur le plateau au sud de la ville et d'observer la façon dont il remplit la plaine. mais c'est aussi un "jardin", et c'est même le plus souvent cette expression qui est utilisée. Pourquoi ?

Jardin, sans doute parce qu'il est en fait composé d'une succession d'éléments juxtaposés les uns à côté des autres, mais aussi, organisés les uns par rapports aux autres.

Le site de Claude Rozier (images et gestion du site) et Jean Erceau (textes d'accompagnement) montre bien ce phénomène? Il rend hommage aux acteurs de ce parc-jardin. Il nous propose la visite libre ou avec un ordre choisi par les auteurs. Il est surtout merveilleusement à jour car une rubrique d'actualités nous propose régulièrement de nouvelles photographies en lien avec l'activité du lieu.

Après avoir parcouru ce site (j'y est passé au moins 2 heures... sur le site Web bien sur !), j'ai vraiment le sentiment que mieux connaitre ce lieu que je fréquente pourtant régulièrement. Une visite un peu magique que je vous invite à entreprendre.

Et chaque jour, Claude Rozier présente un photographie du jour, comme quoi, à Versailles, le paysage est chaque jour différent.

J'en profite pour pousser un coup de gueule, à la suite de Didier Rykner. Il avait fait de terribles constats sur l'état du site de Versailles et sur la gestion financière aberrante de ce lieu qualifié parfois de Versailles-Land. Je crains que depuis son texte de mars 2007, peu de choses est évoluées sous le règne Albanel... si ce n'est la part du mécénat. Aller lire le texte de Didier sur le site de "La Tribune de l'Art", il est toujours de rigueur. J'espère que la Ministre Albanel en a retenu quelques éléments car après son passage à Versailles, elle aurait du prendre la mesure des exigences de ce site.

samedi 10 mai 2008

Les chiffres de l'IFEN

L'Institut Français de l'Environnement avait publié en fin d'année ses indicateurs clés annuels. Au nombre de 10, ils relèvent de préoccupations écologiques et sociétales importantes :
AIR - indice de pollution de l'air en milieu urbain,
EAU - taux de nitrates dans les cours d'eau,
BIODIVERSITE - indice de l'abondance des oiseaux communs,
TERRITOIRE - natures de l'occupation des sols,
RESSOURCES - rapports des matières importées / consommées,
DECHETS - taux de recyclage des emballages par catégories,
EFFET DE SERRE - indice agrégé des émissions des six gaz à effets de serre,
ENERGIE - part des énergies renouvelables dans la consommation,
DEPENSES - en faveur de la protection de l'environnement par rapport au PIB,
OPINION - classement des préoccupations des français en matière d'environnement.

Parmi ces indicateurs, certains sont particulièrement préoccupant et confirme notre évolution vers une simplification et une standardisation de nos paysages.

Le nombre d'espèces d'oiseaux les plus communs a chuté fortement entre 1989 et 2006, en particulier ceux qui peuplent les zones agricoles (-29%) et forestières (-19%). Les espèces les plus généralistes, qui s'adaptent à tous les milieux, ont augmenté de plus 30% dans les 10 dernières années.

La propreté de l'eau, et donc la biodiversité de la faune et de la flore aquatique, s'est dégradée de façon régulière depuis les années '70, même si un ralentissement est constaté.

La part des énergies renouvelables n'a pas augmentée. Elle a même diminué car la demande en énergie de la population augmente plus vite que la production par la biomasse, l'éolien et l'hydraulique. Même les nouvelles énergies comme les déchets urbains ou le bois-énergie ne prennent pas le relais. Faut-il y voir le frein généré par la peur des impacts nouveaux liés à certains principes énergétiques : paysagers, financiers, fonciers.

A noter que dans les préoccupations des français, la dégradation des paysages n'arrive qu'en huitième position sur les 10 propositions. Le réchauffement et les pollutions passent en priorité ainsi que les déchets et les catastrophes naturelles et technologiques. Seuls le bruits et le nucléaires paraissent moins importants.

Quelques points sont favorables. Les besoins en ressources sont stables autour du chiffre de 1970, le taux de recyclage augmente (même si la France n'est qu'à la 11° place européenne), la production de gaz à effet de serre baisse doucement.

Et le paysage trouvera son intérêt dans les deux derniers indices : les dépenses pour la protection de l'environnement (paysage compris) ont plus que doublées en 15 ans ... mais elles en représentent que 2,1 % du PIB.

Enfin, l'occupation des sols montre une large place laissée aux espaces naturels grace en particulier à la place des forêts. Les espaces littoraux restent très artificialisés mais le phénomène se stabilise. Les terres agricoles (cultures et prairies) représentent 60 % du territoire, il faut donc vraiment veiller à leur diversité, en regard de la place qu'elles prennent. Un grand bémol, le peu de surfaces en zones humides et en eau (autour de 1 %) alors qu'en Europe, elles voisinent 5 %.



Tous ces chiffres sont disponibles en ligne sur le site de l'IFEN, et vous pouvez télécharger la fiche de synthèse. Les dossiers complets sont également disponibles, comme celui des territoires qui est particulièrement intéressant (état de l'année 2006).

samedi 3 mai 2008

Colloque ITIAPE


Près de Lille (à Lesquin) existe un institut de formation d'ingénieur particulier :
Institut des Techniques de l'Ingénieur en Aménagement du Paysage et de l'Espace.
Chaque année, cette école organise un colloque au printemps. Cette fois il a pour thème "Créons ensemble nos espaces du futur". Il aura lieu le 23 mai 2008.


Dès 8 h 30 pour les plus courageux, mais les vrais travaux débutent à 9 h 00 avec le lancement d'un concours Jardin. De 10 h00 à midi, Sylvie Sagne (espaces verts de Lyon) Gilles Clément et Pierre Donadieu (tous deux professeurs à l'ENSPV) participeront à une conférence sur "La filière professionnelle paysagiste et le développement durable : enjeux et perspectives". L'après-midi, des mini-conférences et ateliers permettront d'aborder les problèmes de la gestion des déchets de jardin, de l'esthétique, de la notion de jardin écologique, de l'eau et du futur des jardins.
Ce sera ensuite l'occasion de découvrir la formation de l'ITIAPE, puis de participer à la remise des diplômes.
Une journée pour découvrir qu'il n'y a pas que dans les écoles de formations de paysagistes où l'on parle de paysage. L'aménagement du territoire, les collectivités ont besoin de collaborateurs performants à l'intérieur de leurs équipes et la formations paysagistes se doit de se diversifier pour répondre à toutes les exigences du terrain.

vendredi 2 mai 2008

Le Paysage pour les débutants - 6

L'étude de paysage passe forcément par une étape de lecture visuelle, de description de ce que l'on voit (objet d'un ou plusieurs futurs messages).
Mais cette étude passe aussi par le report graphique de ce que l'on voit (sujet dont on reparlera aussi dans cette rublique).

Ce report peut se faire de multiples façons : un dessin au crayon, une aquarelle ... la superposition sur une carte. Bien souvent, la carte IGN au 1/25.000e est utilisée

Une option facile vient d'apparaitre pour les reports sur de petite surface. L'échelle du cadastre est maintenant utilisable. Le cadastre numérisé est en ligne.
Le site est encore en version Béta mais il fonctionne plutôt bien.
http://www.cadastre.gouv.fr/scpc/rechercherPlan.do#



Découvrez le ! Pour certaines communes, les feuilles de sections sont assemblées et il est possible de passer d'un section à l'autre simplement en faisant glisser l'image. Pour d'autres, les feuilles sont numérisées indépendamment du tableau d'assemblage.
La recherche se fait par département, nom de commune, lieu-dit, adresse, code postal. Le zoom permet d'aller de la vision communale ou détail d'une parcelle unique.






Les outils avancés permettent de s'informer sur les parcelles contenues dans un polygone ou un cercle ; de choisir son mode d'impression ; de mesurer des distances, des périmètres, des surfaces, un gisement ; de dessiner sur le fond cadastral ; et enfin de créer un fichier de points (n°, x, y) en fichier texte ASCI que vous pourrez entrer dans un tableur ou une table pour ArcView.


Un site absolument indispensable et à placer dans vos signets.


Quelques exemples ci-dessous sur la ville de Rouen et l'église Saint-Paul.

Les sections avec leurs noms apparaissent à partir d'un certain grossissement. Si on décide de forcer encore le grossissement, les parcelles deviennent visibles, puis leur numéros et les adresse sur voirie.

















La parcelle de l'église Saint-Paul a été cernée d'un polygone. Vous remarquerez que tous les éléments cadastraux sont présents (limites de parcelles, bâtis, appentis, bord de voie ...). Le périmètre de la parcelle choisie est de 209,87 mètres. Ces données sont indicatives et ne peuvent en aucun cas être opposables. Attention de tracer le périmètre à une échelle suffisante pour bien placer les points tout en ayant toute la parcelle visible.


















Ci-dessous, voici un ajout de texte en rouge sur le même extrait. Il n'y a plus qu'à imprimer.




Par contre pour obtenir la feuille complète, il faudra payer. Les extraits obligent une limitation de l'espace choisi en relation avec l'échelle et la précision de lecture. Plus le périmètre à observer est large, moins vous aurez de détails.



Une site extra qui ne fera sans doute que de s'améliorer. Les détails du fonctionnement du site sont dans la page d'aide accessible par l'accueil du site. La Direction Générale des Impôts sera remercier sur ce coup là ;-))

dimanche 27 avril 2008

En 1724, le regard paysager

Rares sont les exemples aussi parlant que celui-ci.

Le plan figuratif du chemin de Versailles à Fontainebleau, pour servir au voyage du roi, réalisé par Daudet, ingénieur-géographe du Roi en 1724 est conservé au Archives Départementales des Yvelines, avec la cote A 242.
de part et d'autre du trajet que le roi doit suivre de nombreux éléments paysagers : haies, Mis à part l'esthétique du document, en couleurs, il présentemares, voies traversant le tracé ...


Ces éléments sont tous des témoins visuels, éléments de repérage, car c'est par le paysage vu sur le parcours que celui-ci se caractérise. Les éléments reportés servent donc simplement à ne pas se perdre.



L'une des preuves est donnée par un court texte entre Ponthierry et Pringy. Alors que l'ancien chemin poursuit son axe vers le sud en suivant la Seine (le plan est établi avec le Nord en bas) il est indiqué : "Endroit où l'on perd de vue la rivière".











Avec cette indication, et en parcourant le plan, il semble bien que le document a été établi à partir de la route sans tenir vraiment compte des distances. Les bois sont seulement indiqués par la lisière qui est visible depuis la route, de même pour les groupes de bâtiments un peu éloignés.


Cerise sur le gâteau : en haut du plan sont reproduites des sentences tirées de l'écriture Sainte pour inspirer la piété du voyageur. Elles sont divisées en "sentences sur la gauche" et "sentences sur la droite". Le lien avec ce qui est observé, le paysage traversé est là encore important.

Point de repérage supplémentaire, le campement du régiment de Quercy est porté sur le plan entre Chatillon et Juvisy près de la confluence de l'Orge et de la Seine. On apprend par un texte spécial que c'est le-dit régiment qui "travaille au nouveau chemin" à l'endroit "où l'on adoucit la descente".

Aujourd'hui, le secteur concerné par ce plan est méconnaissable car presque tous les espaces ont été bâtis.


Ce document n'est cependant pas unique. il suffit de penser aux nombreuses planches composant l'atlas "dit de Trudaine" conservé aux Archives Nationales et qui représente le tracé des routes nouvelles à créer ou à aménager entre 1745 et 1780. Une partie a été numérisée mais nombreuses sont encore à l'état de notices. Patience. Mais ce type de sources nous en apprend beaucoup sur le paysage du XVIIIe siècle.

jeudi 24 avril 2008

A noter : 8 et 9 octobre 2008


Lors des deux journées du 8 et 9 octobre prochain se tiendra une table-ronde avec pour titre : "Des hommes aux champs", pour une archéologie des espaces ruraux dans le Nord de la France, du Néolithique au Moyen Âge.
Ces journées ont lieu à l'initiative du Centre de Recherche en Archéologie, Archéosciences, Histoire (CREAAH) de l'université de Rennes 1, et du Centre de Recherche Archéologiques et Historiques Anciennes et Médiévales (CRAHAM) de l'université de Caen.

La rencontre aura lieu à Caen, au Musée de Normandie.

Tout le travail sera axé sur une lecture dans la longue durée, afin de quitter le mode de réflexion traditionnel de l'archéologue centré sur la caractérisation chronologique. La dynamique sera ici plus importante que l'état d'un moment précis, les mutations plus que le fonctionnement.
La démarche générale cherchera à être multiscalaire, à travers l'étude des habitats, des morphologies agraires, des pratiques culturales, en espérant jeter quelques pistes vers les reconstitutions des terroirs et des territoires.

Ce dernier point est particulièrement délicat. Reconstituer les espaces du passé n'e semble avoir d'intérêt que si on l'a pris la mesure des erreurs que nous allons produire dans ce cadre.
Il est certain que nous ne ferons jamais que de proposer des évocations, des représentations issues de données limitées et partielles. Il faudra savoir se contenter d'une "construction intellectuelle" (même si elle passe par un document graphique) qu'il faudra considérer comme une état acceptable par tous, mais par pour autant réellement représentatif d'une réalité du passé.
L'importance est bien plus à rechercher dans l'analyse des phénomènes qui font que les pratiques d'aménagement et de gestion du terroir ont évoluées du néolithique à la période médiévale. Evolutions qui ont eu lieu selon un/des scénario(s) correspondant à des contraintes politiques, économiques, sociales ... on pourra peut-être parler de forçage anthropique.
Oui, l'histoire de nos paysages commence là, au Néolithique, et une grande partie de ce que nous voyons autour de nous aujourd'hui, en a hérité.

les 8 et 9 octobre prochain seront deux journées denses en informations sur les premières organisations raisonnées de l'espace avec plus de 20 communications de chercheurs, tous passionés par les travaux qu'ils nous présenteront. Quelques noms des présents : Véronique Matterne, Gertrui Blanquaert, Yves Lanchon, Pierre Ouzoulias, Jean Desloges, Isabelle Cattedu, Dominique Marguerie, Vincent Carpentier, Olivier Blin, Laurent Lespez, Cyril Marcigny... Les séances seront présidées par Jean-Paul Demoule, François Malrain, Anne Nissen-Jaubert et Patrice Brun.

Si vous êtes en Bretagne, sachez que l'équipe du CREAAH aura bientôt une journée d'information sur ses travaux : le 24 mai. Pour plus d'info, c'est par là.

Et pour le CRAHAM, c'est par ici.

jeudi 17 avril 2008

Soirée Land Art

Je reprends ici une information découverte sur le blog de "Mont-Saint-Aignan autrement" (merci Jean-François).
Dans le cadre du mois de l'architecture, le cinéma Ariel de Mont-Saint-Aignan proposera le documentaire : "Rivers and tides" (Allemagne, 1 h 30) de Thomas Riedelsheimer sur l'œuvre de Andy Goldsworthy, célèbre sculpteur écossais.
Pour ceux qui veulent découvrir son travail, une partie de son catalogue est visible en ligne sur le Digital Catalog (période 1976-1986).

Le film sera projeté à l'Ariel, le Vendredi 25 avril 2008 à 21 h 00, le Samedi 25 avril à 15 h 00 et le Dimanche 27 avril à 19 h 15.

mercredi 16 avril 2008

Colloques en Juin

Deux colloques dans un seul message, les deux auront lieu au mois de juin.

1/ "Paysage et politique : le regard de l'artiste", sous la direction d'Isabelle Trivisani-Moreau. 5-6 juin à l'université d'Angers - Campus de Belle-Beille.
Plusieurs thèmes seront développés : l'artiste créateur de paysage, le paysage miroir pour les princes, projets perspectives et bilans.
Sont annoncés : Hervé Davodeau, Rachel Bouvet, Catherine Chomarat-Ruiz, Sophie Le Menaheze, Veronika Frenks et Gilles Polizzi, Vincent Veschambre ...
Programme complet ici.

2/ Le colloque du Réseau Thématique Pluridisicplinaire Paysages et environnement : de la reconstruction du passé aux modèles prospectifs du CNRS se tient cette année à Toulouse du 3 au 5 juin 2008. Didier Galop en est le responsable. Le thème de cette année tourne autour de la modélisation paysagère spatialisé. trois sessions :
SESSION 1 : MODELISATION SPATIALISEE DE LA TRAJECTOIRE D'EVOLUTION PASSEE DES PAYSAGES
SESSION 2 : MODELES DE SIMULATION DES PAYSAGES
SESSION 3 : MODELISATION DES FONCTIONNALITES PAYSAGERES, DES IMPACTS ENVIRONNEMENTAUX DES CHANGEMENTS PAYSAGERS
Le colloque est organisé par l'équipe du laboratoire GEODE avec un comité scientifique.
Le site du colloque vous donnera plus d'informations.


En prime, si vous ne savez pas quoi faire pour cette journée du dimanche, il n'est pas trop tard pour participer à une petite visite à la ferme dans le cadre du week-end de bienvenue à la ferme. Les lieux à voir sur Bienvenue à la ferme en Normandie.

lundi 14 avril 2008

Etudes normandes 1/2008

Les thèmes de cette revue sont toujours variés. Le numéro 1/2008 d' Etudes Normandes est un peu composite, sans vraiment de relation entre les articles qui le composent, comme le sous-titre "Art et histoire" ne le cache pas vraiment.
J'en retire cependant un intérêt, entre autre grâce à l'article de Didier Mouchel sur les "Fonds photographiques du havrais Alfred Soclet".
Cette collection documentaire, partiellement accessibles au Centre Havrais de Recherches Historiques (CHRH), contient de nombreuses plaques qui se rapportent au paysage cauchois. L'ensemble représente plusieurs dizaines de milliers de plaques. Une autre partie (importante) de la collection reste propriété privée. En particulier, les photos des édifices religieux donnent une image ouverte sur l'environnement de l'édifice. Un bel exemple est donné dans l'article par la photgraphie de l'église d'Hermanville. Les sites prestigieux de Seine-Maritime sont aussi présents. L'ensemble des plaques de projection date de la période 1890 - 1914.

Second article, associant art et histoire, et paysage : "Raymond Quibel, un artiste normand" par Jean-Michel Etienne. Une façon par cet écrit de se souvenir qu'une information patsagère essentielle est contenue dans les illustrations, peinture, set autres gravures passé qui nous laissent voir des fragments de paysages. Certains sont l'objet d'une interprétation par l'artiste, d'autres cherchent le réalisme de la scène vue. C'est le cas de Quibel, comme avec cette "Neige à Mesnil-Esnard". De 1883 à 1978, l'homme a traversé le XXe siècle et en a saisi quelques moments. Donc, dans nos études de paysages, n'oublions pas les artistes locaux ou régionaux.

Enfin, Vincent Maroteaux, nouveau directeur des archives départementales de la Seine-Maritime profite des restructuration qui touchent cette institution pour nous raconter : "Les Archives de la seine-Maritime : l'émergence d'un patrimoine (1790 - 1851)". Une étude qui permet de se remémorer le parcours des documents les plus anciens avant l'arrivée du premier archiviste digne de ce nom pour s'en occuper, Charles de Beaurepaire, en 1851. Entre les "papiers mouillés", récupérés on ne sait trop comment, et la numérisation actuelle, quel chemin parcouru !

mardi 8 avril 2008

Jachère

Les bonnes surprises bibliographiques existent. En voici une !


Les usages de nos campagnes ne datent pas d'hier. Les pratiques culturales sont faites de transmissions et d'adaptations à des contextes économiques, toujours mises en oeuvre avec le bon sens commun qui anime le paysan.
L'assolement fait partie de ces pratiques. Il peut être biennal, triennal, quadriennal, voire même septennal comme cela a été constaté dans certains contrats d'exploitation des fermes du XIXe siècle.


La jachère, courte ou longue, est une étape fréquente dans cet étalement dans les temps et l'espace des diverses cultures d'une exploitation. De nombreux textes commentent ces pratiques dans l'ouest de la France, et plus encore le remplacement de la jachère par des cultures fourragères ou de prairies artificielles. Mais jamais le regard n'avait été porté avec autant d'attention sur l'étape de jachère.
Les deux auteurs, Pierre Morlon et François Sigaut, ne sont pas des inconnus pour ceux qui s'intéressent à l'histoire du paysage.
Pierre Morlon est chercheur à l'INRA à Dijon, spécialiste de l'agriculture sud-américaine et c'est également un homme d'engagement (je l'ai découvert personnellement par une présentation qu'il avait fait auprès de l'organisme Pax Christi). Il a coordonné quelques ouvrages passionnants sur l'agriculture andine.
François Sigaut est directeur d'études à l'EHESS et grand spécialiste de l'histoire de l'outillage et des techniques agricoles et pré-industrielles. Il est l'auteur de "L'agriculture et le feu", "L'animal, machine ou personne" et de nombreux articles et recensions dans les revues "Techniques & cultures", "Annales" ou dans "Etudes rurales" ainsi que dans des colloques divers.

"La troublante histoire de la jachère" n'est pas qu'un simple ouvrage historique qui retrace la place de cette "culture" dans notre paysage passé et présent, c'est également un ouvrage qui interroge sur le sens du terme "jachère" et l'évolution de l'usage de ce mot. Gérard Chouquer parle "d'archéologie de la notion de jachère" dans la recension qu'il en fait sur le site de l'Archéogéographie. Je vous invite à lire ce commentaire.

Le livre est publié par les Editions Quae, éditeur officiel de l'INRA.

Sur le site de l'INRA, n'oubliez pas qu'il y a toujours un état des dernières publications.

lundi 7 avril 2008

Architecture en bauge


Le colloque européen tenu en 2006 à Isigny-sur-Mer fait l'objet d'un parution de ses actes. "L'architecture en bauge en Europe" est édité par le Parc Naturel régional des marais du Cotentin et du Bessin. Cet ouvrage collectif regroupe les textes issus des communications qui ont été faites entre le 12 et le 14 octobre 2006. Il évoque les régions du Perche, de Vendée, du Calvados, du Cotentin et du Bessin, du Poitou mais aussi des Abruzzes, de Wallonie, du Languedoc, d'Angleterre et de Moravie. les thématiques vont de l'inventaire, aux techniques spécifiques, en passant par les données archéologiques et l'habitat social.
Vous pouvez commander l'ouvrage à :
Les Ponts d'Ouve
Maison du Parc et espace de découverte
50500 Saint-Côme-du-Mont
Il vous en coutera 25 € plus les frais de port.

Un peu plus d'info sur cette page : http://www.parc-cotentin-bessin.fr/ouvrages_imgs/frset_ouvrages.htm

Profitez-en pour découvrir les autres publications du parc.

Et aujourd'hui, on trouve même des maisons tout à fait contemporaines en terre crue (ici en centre Bretagne).


Et si ce thème vous intéresse, la revue In Situ (de l'Inventaire Général) avait publié un article sur l'architecture en bauge en Vendée dans son n°7
A lire pour connaitre la "bourrine" et une bibliographie qui ouvre de nombreuses portes.

vendredi 28 mars 2008

Réforme de l'Etat et paysage

Par une lettre du 19 mars 2008, le Premier Ministre, François Fillon, a adressé à l'ensemble des préfets de région et de département une lettre d'explication des grands principes de la Réforme Générale des Politiques Publiques, dite RGPP, sur l'organisation des services déconcentrés de l'Etat.
Dans cette lettre, il est clairement notifier que le niveau de pilotage est la Région.
Pour mémoire, les services déconcentrés de l'Etat sont des administrations de l'Etat en Région, à ne pas confondre avec ceux de la Région Haute-Normandie.

La future organisation devra reposer sur 8 structures.
Pour les problématiques liés au paysage, seules deux directions semblent concernées :
- la direction régionale de l'agriculture, de l'alimentation et de la forêt,
- la direction régionale au périmètre d'attribution de ministère de l'écologie, de l'aménagement et du développement durables et du ministère du logement.

Donc après un premier regroupement DRIRE - DIREN, il semble que la fusion avec la DRE (Direction Régionale de l'Environnement) soit en marche. Le logement et l'urbanisme ne seront pas séparés.

Un gros flou reste encore au niveau des services départementaux. Les DDE, qui ont déjà subi de grosses modifications vont en vivre d'autres encore. A commencer par la fusion déjà décidée avec les directions départementales de l'agriculture et de la forêt. Fusion qui pose d'ailleurs problème puisque le regroupement choisi au niveau régional n'est pas le même. A moins qu'à terme, l'idée soit de finir avec une seule direction groupant : agriculture, alimentation, forêt, écologie, aménagement... une super-méga-géante direction régionale. Irons-nous vers une DRE-DDE-DIREN-DRIRE-DRAF-DDAF ? Six services en 1 !

Les premiers changement auront lieu très vite à en croire F. Fillon.

le paysage a tout à y gagner, comme à y perdre. Réduire le nombre d'interlocuteurs peut être bénéfique, mais en général, au niveau d'une administration, cela s'est toujours traduit par une perte d'efficacité, une réduction du périmètre d'action comme on dit prudemment. Surtout si le projet de gestion commune des ressources humaines et des moyens de fonctionnement et d'investissement reste un objectif important, comme le précise la lettre du Premier Ministre en page 2..

En regard de l'efficacité du "bureau des paysages" du MEDAD, on peut être inquiet de l'avenir des décisions de ce service dans leur application dans une direction régionale encore plus grosse.

Verrons-nous là encore, une poussée de la dérèglementation ? Je ne vous cache pas mon inquiétude face au lobbying de l'aménagement du territoire qui réduira surement les actions d'environnement à de simples "mesures compensatoires", donnant ainsi une image d'écologie de façade.

jeudi 20 mars 2008

Bout de la rue - 2 - Juste une image ?

Il y a juste 2 mois, j'avais fait une première réponse à l'envie de l'atelier de figue. J'avais répondu par une pirouette. Mais depuis, j'ai regardé le bout de ma rue.
Il est changeant, aimable, parfois embrumé, souvent discret comme s'il n'existait pas.

En sortant du jardin, à 20 mètres à gauche, je tombe sur une route départementale, et de l'autre côté de la rue, voila ce que je vois.



Il y avait ce jour là une lumière particulière, et même si j'ai pris la photo un peu vite, il y avait une ambiance que j'espère restituer un peu. En regardant bien, dans le fond de la vallée, on peut deviner les deux pylônes du pont Flaubert , et le soleil ruissèle encore sur Rouen.

Et puis, je tourne la tête et je découvre cet autre paysage, si proche et si différent, la lumière jouant dans les arbres. Là encore, la photo n'est peut être pas géniale mais je voulais éviter le cliché. Le château s'enflamme avec le soir tombant.


Ce week-end, mon regard ira de l'autre côté de la rue.

lundi 17 mars 2008

Tagué pour 6 gestes

Laeti me demande de faire connaitre à la communauté du net 6 geste que je fais pour la santé de la planète (petit jeu simple et gratuit - règles du jeu en bas de ce message).
Et il n'est pas interdit de prendre exemple ;-)

Geste n° 1 : Recycler ?
Simple, sans doute, mais le prendre comme une question de tous les instants n'est pas si facile. Par exemple, lors d'un achat, il faut tout de suite envisager ce qui est recyclable ou non, et toujours favoriser l'objet qui sera le plus reconditionné, réutilisé à un autre usage ou détruit pour refaire autre chose.

Geste n° 2 : Manger ?
Mais ne manger que le nécessaire. On voulait bien parler ici des gestes quotidiens, et il n'y a pas plus quotidien. Je, tu, il, nous mangeons tous les jours, plus ou moins. Mais ne mangeons-nous pas trop, parfois sans même de plaisir ? Et en plus d'être souvent plus sain, on peut redécouvrir le vrai gout des choses. Les pâtes peuvent aussi se consommer sans crème ni fromage. Mais je ne m'empêche pas de varier les plaisirs.

Geste n° 3 : Marcher ?
A chaque fois que c'est possible, privilégier la marche à pied. Par exemple, le midi, pour me rendre de mon travail au restaurant administratif, et si rien ne me presse, c'est 40 à 50 mn de marche.

Geste n° 4 : Informer ?
Etre veilleur est pour moi l'une des clés de l'avenir. Il faut des éveilleurs de conscience, des allumeurs de responsabilité. Par ce site, par mes rencontres, par mon travail, mon action est toujours la même : montrer que nous sommes responsables de l'état de la planète et que nous devons tout faire pour la maintenir vivable pour nos descendants mais aussi pour tout être vivant.

Geste n° 5 : Connaitre ?
L'un des meilleurs moyens d'informer les autres est de rester soi-même toujours à l'écoute. J'ai souvent l'impression de vivre pour apprendre. Les noms des plantes, les sons que font les animaux, l'histoire des peuples, le fonctionnement de la planète... tout cela permet d'être en éveil. Connaitre est plus important que posséder.

Geste n° 6 : Jardiner ?
Un jardin a besoin de peu de chose pour vivre. Fini les pesticides, les arrachages sauvages, les anti-truc et anti-machin. Cette année, je suis passé à la main écolo... moi qui n'est jamais eu la main très verte. Mais tout devient simple en prenant la devise de Gilles Clément : "Faire le plus possible avec, le moins possible contre." (Le jardin planétaire) Exemple : pourquoi tondre la pelouse trop court alors que certaines plantes (graminées ou poacées) vont fleurir et se reproduire, et qu'une fois coupés certaines vont griller. Ne pas tondre limite l'arrosage.

Et j'en passe
Quand je pense à tout ce que je ne fais pas !!!, quel boulot encore ;-D


Voila six gestes qui sont très présents pour moi. Et je transmets cette même question à 6 autres personnalités diverses :

Sandrine : mon journal d'artiste

Esperluette

Laure Leforestier

Michel Lerond

Anna

Olivier Keller

*La règle du jeu est la suivante : si votre blog est tagué, voici ce que vous devez faire, enfin si vous avez envie de le faire, évidemment, car nous sommes des êtres libres.
* Mettre le lien de la personne qui vous a tagué
* Indiquer le règlement du tag
* Mentionner six choses ou gestes que vous faites régulièrement pour la protection de la planète.
* Taguer six personnes à la fin de votre billet en indiquant les liens de leurs blogs
* Avertir directement les personnes taguées sur leurs blogs.

mercredi 12 mars 2008

Dès demain !

Merci à ceux qui passe par ici... mais j'ai des demandes à honorer.
Demain je vais donc devoir répondre à Miss écolo, et également de fournir mes "bouts de la rue" pour enrichir les images de l'atelier de Figue.
J'ai également quelques compte-rendus d'ouvrages à vous livrer et des colloques à vous annoncer. Donc à très bientôt.

L'arbre qui cachera la forêt

Bernard Roman-Amat est directeur délégué à Agro-Paris-Tech à Nancy. Il avait été mandaté en février 2007 par Nelly Olin et Dominique Busserau, remplacés depuis par Jean-Louis Borloo et Michel Barnier, pour rédiger un rapport sur l'adaptation de la forêt française en regard des modifications climatiques.

Ce rapport est maintenant disponible sur le site du MEDAD (ici). La question posée est simple : Le changement climatique étant admis comme un phénomène réel, quelles actions doit envisager l'état pour faciliter l'adaptation de la forêt française ?
On pourrait imaginer que cette question reflète l'intérêt du gouvernement sur la qualité environnementale et la pérennité des grands massifs du territoire. Mais n'oublions pas que la forêt est également un formidable domaine économique avec la sylviculture, toute la filière bois, sans évoquer le chauffage pour lequel la demande (urbaine ou péri-urbaine) est très forte.


Mais la modification climatique va également totalement changer notre paysage forestier régional. On parle fréquemment du retrait du hêtre qui va peu à peu reculer vers le Nord et l'Est. Cette première conséquence a d'ailleurs déjà été anticipée par l'ONF. Bernard Roman-Amat a déjà ouvert la piste de réflexion en 2000 avec la parution de "Sylviculture et aménagement dans les forêts publiques pour le XXIe siècle : quelques pistes de réflexion" où il préconise d'anticiper. C'est dans la même ligne que devra s'incrire Philippe Leroy, le président du comité "forêt" du Grenelle de l'Environnement.

Aujourd'hui, nous voyons une forêt d'Eawy, vaste hêtraie, structurée par de grandes allées. Nous parcourons la forêt de Lyons associant chênes et hêtres majestueux ... mais cela est presque déjà une image du passé.

Les cartes établies par L. Badeau et JL Dupouey montrent de grandes transformations selon les deux scénarios A2 et B2 (modèle français d'évolution climatique en fonction de l'émission de GES). A2 est plus pessimiste que B2. La végétation est classée selon des dominantes caractérisées par les associations de quelques espèces arborées ou arbustives.

Aujourd'hui la Seine-Maritime est dite à dominante forestière de Groupe 6 type Atlantique nord (avec châtaignier). Le département de l'Eure est dans le même cas. Le Groupe 4 à dominante de hêtre n'est vraiment présente naturellement que dans le Pays de Bray. N'oublions pas que nos belles hêtraies actuellement ont été plantées il y a plus d'un siècle. Aujourd'hui le hêtre a du mal à se reproduire naturellement chez nous.
Dans le cas du scénario plutôt minimal B2, en 2100, le même Groupe 6 est cerné par le Groupe 7 à pin maritime dominant. Dans le cas du scénarion A2, plus pessimiste, presque tout la surface de l'Eure passe en dominante du Groupe 7, et le Groupe 6 est encore moins présent. Ce Groupe 7 est l'aire biogéographique dite "Atlantique sud".

Plus au sud, le Groupe 8 à dominante de chêne vert, de type méditerranéen passera en région Centre, et il ne serait pas improbable de voir cette espèce de chêne apparaitre naturellement ponctuellement dans la région de Chartres ou plus au Nord encore.
La vitesse de propagation du Groupe méditerranéen vers le Nord est estimée à 20 km tous les 10 ans pour B2 et 32 km/10 ans pour le cas A2, c'est-à-dire que le chêne vert "franchira" en masse la Loire avant la fin du siècle présent.

La paysage forestier est composite. la notion d'aire biogéographique ne représente qu'incomplètement la réalité attendue. Les espèces fonctionnent pas associations, par sympathie ou empathie. Les phytosociologues nous montrent le fonctionnement de ces ensembles. Les 7 groupes chorologiques (de répartition géographique des essences) sont composés chacun de plusieurs végétaux dominants qu'il convient de mettre en association avec d'autres. En voici quelques détails.
Le groupe 6 regroupe entre autre le châtaignier européen, la bourdaine, le néflier et le cèdre de Chypre. Le hêtre y est présent mais minoritaire, de même que les érables sycomores et planes.
Avec le groupe 7, nous devrions donc voir peu à peu arriver dans notre région de nouvelles espèces inconnues de nos paysages normands. Certes de façon encore marginale mais ils seront réellement présents. Les pins maritimes de plus en plus visibles, non seulement sur le littoral cauchois, près des sites balnéaires mais aussi en Pays d'Ouche donneront une nouvelle verticalité à notre côte. Le chêne tauzin pourrait bien s'implanter massivement dans les massifs forestiers du sud de l'Eure où les sols sont acides. La bruyère à balai remplacerai nos espèces locales actuelles dans les landes et les coteaux des vallées de l'Eure, de l'Avre et de l'Iton. Ponctuellement, vers la fin du siècle, nos enfants et petits-enfants verront sans doute des chêne verts, quelques cyprès toujours-vert, des pins parasol et pourquoi pas de la viorne-tin et des chênes liège (espèces dominantes et caractéristiques du groupe 8). Nous serions alors bien en peine de reconnaitre nos forêts normandes actuelles. Seules les chênes pédonculés seront à même de se tenir encore à leur place.

C'est un leurre de croire que nous pourrons empêcher, ou même retarder ce phénomène, car même le scénario le plus optimiste, celui qui envisage une stabilisation des émissions de gaz à effet de serre en 2050, laisse voir de profondes modifications. Mais il faut l'accompagner, en permettant à la forêt d'être un lieu de vie, de loisirs, d'économie et un poumon pour notre planète.

Les 32 propositions de B. Roman-Amat sont regroupés en 5 grands thèmes : Recherche et développement, risques, production, biodiversité, gouvernance publique.
Parmi les idées, un bon nombre (plus de la moitié) repose sur des réorientations des politiques de structures para-publiques (ONF, GIP ECOFOR, IFN, IDF, les Etablissement Publics Scientifiques et Techniques, réseau Natura 2000 ...) dont le contrôle par l'Etat diminue d'années en années par externalisation des missions et réduction des crédits. Les autres propositions relèvent de la bonne volonté ou de la compétence de groupes que l'Etat ne maitrise pas ou peu, voire des collectivités (Agence Nationale de la Recherche, zones vertes des PPR, certification des exploitations forestières, bases de données régionales ...). Quelques propositions simples (23, 27) sortent du lot mais pourraient se révéler contreproductive si elle sont lues à travers le filtre des souhaits de réduction du périmètre d'action de l'Etat (la fameuse RGPP).

Il y a encore loin de l'idée à la réalisation.
Des infos complémentaires : sur actu-environnement.com, sur notre-planete.info, sur forets-et-climat.fr, et sur le site du MEDAD.

Clichés (de haut en bas) : Bernard Roman-Amat, forêt de Lyons-la-Forêt, l'allée des limousins dans la forêt d'Eawy, un chêne Tauzin, une viorne-tin, une bourdaine.

lundi 3 mars 2008

Envoyé spécial - France 2 - 06/03/08

L'émission de France 2 : "Envoyé Spécial" du jeudi 6 mars 2008 consacre un reportage à l'Ecole Nationale Supérieure du Paysage de Versailles (ENSPV).
Pour avoir la chance de fréquenter cette établissement, je peux vous dire à quel point ce lieu possède quelque chose de magique. Le "Potager du Roi", situé tout près de la célèbre Pièce d'eau des Suisses respire l'agronomie naissante dans la modernité de la fin de l'ancien régime. Précisons, que ladite Pièce d'eau à été creusé en relation avec la création du jardin puisque l'ensemble occupait un marais qui a été alors asséché, les sédiments extraits de l'étang ayant servis à combler la zone qui deviendrait le jardin potager. Cachés derrière les murs, en dessous du niveau de la rue et avec un micro-climat du à cette situation, les jardins possèdent des collections de plantes inestimables. Avec des espaces très ordonnés, des vergers où les fruitiers sont organisés en rideau, des parterres de légumineuses, des zones de plus grande liberté végétale.
On y trouve également les petits jardins que les étudiants investissent sous le regard compatissant (pour les plantes) des enseignants.

L'histoire du "Potager" est elle-même, passionnante. Jean-Baptiste La Quintinie, le créateur, a laissé son nom, entre autres, à un bâtiment de l'école et sa statue domine le Grand Carré. Allez découvrir bien plus sur le site qui est dédié à ce magnifique jardin : http://www.potager-du-roi.fr/



L'émission parlera essentiellement de l'école, de ses élèves et de l'esprit du "projet de paysage" qui les anime. En effet, la spécificité des étudiants de l'ENSPV est d'apprendre à lire un espace, à l'appréhender dans toutes les dimensions qui le composent et à établir un projet pour cet espace. Il ne s'agit pas d'aménager ... mais de créer, ou de re-créer.
C'est la principale différence entre un paysagiste qui sait créer l'harmonie entre les arbres, les plantes en utilisant son catalogue favori, et celui qui va au-delà. Ce dernier peut devenir un artiste de l'espace.
Le "projet de paysage", objet d'enseignement et de recherche, permet de mieux cerner la relation entre paysagistes et maitre d'œuvre. Cette notion a fait évoluer le paysagiste des jardins vers un statut de créateur-acteur du Landscape urbanism, devenant ainsi une personnalité incontournable avec l'architecte, l'urbaniste et l'ingénieur pour l'aménagement du territoire.

L'ENSPV, c'est aussi une ambiance. Certes, une certaine détente y est présente à l'image des écoles d'architecture. On y retrouve également le phénomène des "charrettes", nuits de travail de folie qui précèdent un rendu ou un concours. Mais il faut ajouter un solide esprit de travail collectif qui nait avec les expériences de terrain, et le travail en groupe pour les dossiers.
Espérons que l'émission de France restitue une partie de cette ambiance.

Jeudi 6 mars 2008, à 20 h 55, sur France 2.


L'Ecole Nationale Supérieure du Paysage de Versailles, vue du ciel.