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vendredi 28 mai 2010

Graines de jardins - Rouen


Second évènement rouennais du week-end, les Graines de Jardins qui se tiennent au jardin des plantes. Les premières images vues sur France 3 Haute-Normandie de soir donnent envie.
Les jardinierss des villes de l'agglo de Rouen, aujourd'hui nommée CREA, se sont donner les moyens de faire de belles choses. Six jardins spécialement conçus sur le thème de l'impressionnisme (thème de saison ...) méritent apparemment le détour.

Toutes les infos pratiques sont là : http://www.agglo-rouennaise.fr/index.php?page=actualites/_tmp/grainejardin/infos_pratiques.php
et les ateliers et visites sont détaillés là-basd : http://www.agglo-rouennaise.fr/index.php?page=actualites/_tmp/grainejardin/programme.php

Et il y a aussi une bourse au plantes.
Pdf du programme
Pdf du parcours découverte

lundi 26 avril 2010

Paysage urbain contre Automobiles à Evreux

Il y a quelques jours, Michel Champredon (maire d'Evreux) et Michel Desvignes (architecte - paysagiste) ont présenté publiquement le projet d'aménagement des abords de la cathédrale d'Evreux. Ce projet, qui comporte plusieurs volets a été accueilli avec des réserves par les commerçants qui y voient un "risque" de diminution de la circulation automobile et donc une perte d'attractivité du centre ville.
Le problème est donc de savoir si les circulations douces ou collectives remplaceront les voitures qui ne pourront plus stationner devant la boulangerie (sic!).
L'aménagement projeté propose des plantations d'arbres, des suppressions de places de stationnement ou leur substitution partielle par des stationnements sur places gazonnées, des créations de petits espaces jardinés autour de la cathédrale, et surtout le dégagement de la visibilité de celle-ci. Si vous connaissez Evreux, vous n'aurez sans doute pas manquer d'aller la visiter, mais aurez vu également le manque de perspective sur l'édifice et sa faible mise en valeur.

Comme souvent en matière de paysage urbain, la réflexion se trouve souvent limitée à une nouvelle organisation des espaces verts, un nouveau calepinage des trottoirs et une redistribution des voies de circulation. J'aurais aimé voir un projet qui, en réduisant la place de la voiture par mise sur une seule voie de la circulation et réduction de l'offre de stationnement, mette en avant la circulation en vélo et fasse priorité aux piétons. J'aurais aimé voir un projet qui ne soit pas qu'un verdissement d'une partie du centre ville. Bref, j'aurais aimé voir une projet qui ose un peu plus ... mais faute de réflexion cohérente sur transport urbain, voies douces, développement des perspectives urbaines, tourisme et commerce, il ne s'agit encore que d'une rustine de plus.

En fait, le vrai problème du projet retenu est de ne pas s'insérer dans un réseau d'aménagement qui dépasse le cadre du quartier de la cathédrale. A quoi sert un cheminement piéton ou cycle local qui ne se raccorde par à un réseau large qui parcours la ville ... mais qui aujourd'hui reste à venir ! (ajout du 05/05/2010).

Messieurs les élus, même si aujourd'hui le verdissement de la ville a aujourd'hui dépassé le principe du bac à fleurs, ne cédez pas à l'immobilisme d'un commerce de centre ville qui voudrait fonctionner comme les supermarchés, avec la voiture. Leur intérêt est clairement ailleurs, dans la qualité de vie qui est offerte par un centre ville paysagé, organisé à échelle humaine avec des perspectives sur un patrimoine qui le dépasse.

lundi 26 janvier 2009

Jubilatoire

Parfois, une simple lecture fait redécouvrir des sentiments oubliés. Jouissance de l'esprit, humour subtil, plaisir simple et profond à la fois.
C'est ce que j'ai ressenti à la lecture de "Oh ! les plantes avec les pieds !". Extraordinaire article de Marc Rumelhart dans le numéro double 13 & 14 des Carnets du Paysage. Sortit en 2007, ce numéro a pour thème "Comme une danse" et aborde les nombreux rapports entre le corps et le paysage. L'article de Marc Rumelhart évoque la relation du toucher avec les pieds, et pas seulement du toucher. L'article est sous-titré : "Air à danser oublié".

Les mots sont merveilleusement choisis, chacun à sa placer. Certains sont originaux, à découvrir. Connaissez-vous la "pédotopie" et la "topopédie" ? Marc a d'ailleurs eu la très bonne idée d'ajouter un lexique. On y trouve aussi "caminet", "touradon", urtiçaie" et "polytric".
Les situations du récit sont aussi originales. Etudiants cobayes de toucher délicat et parfois périlleux, déraboulages et autres gassouillages. Botanistes nu-pieds (l'auteur) sur tremblant, montrant des plantes pontonnières dans le Queyras. Mais aussi pieds sur tufs, tourbes, terres gelées, sables et cailloutis ... et j'en passe.

Mais voici plutôt quelques extraits qui j'espère, vont vous donner envie de courir chercher cette article.

"Inutile de bander les yeux du promeneur cobaye : pendant que les pieds, les mollets, les genoux et les cuisses enregistrent leurs données tactiles, musculaires et articulaires, le regard fait son travail et le cerveau range tout cela comme il peut." (p. 133)

et puis

"Le tuf, quoique friable, est une roche. (...) le sable, quoique meuble, voire mobile, est aussi une roche. Eh quoi, prétendez-vous que la tourbe, si molle, voire fluide, est une roche itou ? (...) Quoi qu'il en soit, on aura noté que, géométriquement parlant, tous ces substrats biogènes sont animés d'un processus de gonflement, de bombement. Ce pourrait être un premier théorème de notre science hybride : roches et plantes, agissant de concert, tendent à fabriquer lentement des formes convexes bidonnantes." (p. 140)

et encore

"Puisqu'il est surtout question ici de traverser, il se pourrait que la manière dont les substrat gardent la mémoire de l'empreinte soit un critère plus efficace. Prenez les sables : votre chemin s'y creuse par érosion, son déblai se déplace entièrement (à l'aval, sous vos godasses, sur votre tapis de bain, etc.). A l'autre bout, les éboulis calcaires un peu grossiers : une partie des caillasses déraboule, mais l'essentiel se tasse, s'arrange dans une nouvelle disposition ; plus économe en interstices, cette géométrie reste mouvant, mais à la marge, au point que les nappes fréquentées des 'sentiers' se distinguent, légères concavités linéaires où se concentrent au moins les ascensions." (p. 142)

et toujours

"Existe-t-il plusieurs manière d'écraser ? Le vivant des tufs et le foisonnement du gel produisent-ils des édifices pédotactiles homologues ? Nous manquons de monographies, il faut expérimenter."(p. 144)

et enfin

"Alors nous pourrons expérimenter, puis décrire, formuler, et finalement (pour commencer !) ranger sur l'étagère nos bocaux de perceptions pédestres en les classant bien comme il faut.
- Auriez-vous un échantillon de crissant ?

- Vous pensez au crissant graveleux, ou sableux ?

- Non, je songeais plutôt au crissant agréable, voyez quand il y a des brindilles ...

- Vous voulez dire du crissant organique, peut-être ? Le dernier congrès de pédopédie a rangé cela aux côté de l'émietté, considérant les liens phylogéniques avec le craquant.

- Ah ! ... [Elle réfléchi, dubitative.] Dites, j'aurais bien pris aussi un peu de pitrougne ...
- [Il rit.] On ne dit plus "pitrougne" depuis belle lurette. mais je vois ce que c'est : vous aimez cette boue claire qui s'inflitre entre les orteils, hein ?
- [Elle rougit.] Oui, on ne sait jamais bien quand ça va s'arrêter, mais ça ne craint pas grand chose - sauf à rencontrer une de ces grosses moules d'eau douce. Non, le seul truc qui me gêne, ce sont les herbes.

- Quoi, les herbes ?

- Oui, les herbes du bord : quand elles dépassent, ça va, on voit ce qu'on touche, mais les espèces de nénuphars sans feuilles, là, tout gluant, et les algues, beuh ...

- On fait
des muddy footcakes déglués, vous savez !
- ??

- Oui, sans le toucher végétal. Garantis 'boue minérale'. C'est un label bio.

- Ah ? Je veux bien essayer, tiens. Alors ... donnez-moi une pitrougnette sans gluant, bien affiné ; et deux crissants." (p. 148)

Et ceci n'est qu'un florilège. Au delà de l'humour, des nombreuses références qu'il faut savoir pister, cet article est réellement ludique. Le discours est comme toujours avec Marc Rumelhart, savant et intelligent. Il n'est pas toujours d'une grande simplicité mais subtil et délicat. Bref, un plaisir, je vous disait.



Marc Rumelhart est professeur d'écologie à l'Ecole Nationale Supérieure du Paysage de Versailles. Et il fait ses cours et conférences avec les mains ...

dimanche 14 septembre 2008

Le Grenelle de l'environnement est un crime

Le titre en dit assez long.
Si vous ne l'avez pas encore entendu, allez donc découvrir l'analyse de Gilles Clément, comme toujours à la pointe de l'intelligence lorsqu'il s'agisse de vivre en symbiose avec notre planète.
Sur Rue89, cette interview est une occasion aussi de mieux comprendre les engagements de Gilles : Le Grenelle est un crime

lundi 3 mars 2008

Envoyé spécial - France 2 - 06/03/08

L'émission de France 2 : "Envoyé Spécial" du jeudi 6 mars 2008 consacre un reportage à l'Ecole Nationale Supérieure du Paysage de Versailles (ENSPV).
Pour avoir la chance de fréquenter cette établissement, je peux vous dire à quel point ce lieu possède quelque chose de magique. Le "Potager du Roi", situé tout près de la célèbre Pièce d'eau des Suisses respire l'agronomie naissante dans la modernité de la fin de l'ancien régime. Précisons, que ladite Pièce d'eau à été creusé en relation avec la création du jardin puisque l'ensemble occupait un marais qui a été alors asséché, les sédiments extraits de l'étang ayant servis à combler la zone qui deviendrait le jardin potager. Cachés derrière les murs, en dessous du niveau de la rue et avec un micro-climat du à cette situation, les jardins possèdent des collections de plantes inestimables. Avec des espaces très ordonnés, des vergers où les fruitiers sont organisés en rideau, des parterres de légumineuses, des zones de plus grande liberté végétale.
On y trouve également les petits jardins que les étudiants investissent sous le regard compatissant (pour les plantes) des enseignants.

L'histoire du "Potager" est elle-même, passionnante. Jean-Baptiste La Quintinie, le créateur, a laissé son nom, entre autres, à un bâtiment de l'école et sa statue domine le Grand Carré. Allez découvrir bien plus sur le site qui est dédié à ce magnifique jardin : http://www.potager-du-roi.fr/



L'émission parlera essentiellement de l'école, de ses élèves et de l'esprit du "projet de paysage" qui les anime. En effet, la spécificité des étudiants de l'ENSPV est d'apprendre à lire un espace, à l'appréhender dans toutes les dimensions qui le composent et à établir un projet pour cet espace. Il ne s'agit pas d'aménager ... mais de créer, ou de re-créer.
C'est la principale différence entre un paysagiste qui sait créer l'harmonie entre les arbres, les plantes en utilisant son catalogue favori, et celui qui va au-delà. Ce dernier peut devenir un artiste de l'espace.
Le "projet de paysage", objet d'enseignement et de recherche, permet de mieux cerner la relation entre paysagistes et maitre d'œuvre. Cette notion a fait évoluer le paysagiste des jardins vers un statut de créateur-acteur du Landscape urbanism, devenant ainsi une personnalité incontournable avec l'architecte, l'urbaniste et l'ingénieur pour l'aménagement du territoire.

L'ENSPV, c'est aussi une ambiance. Certes, une certaine détente y est présente à l'image des écoles d'architecture. On y retrouve également le phénomène des "charrettes", nuits de travail de folie qui précèdent un rendu ou un concours. Mais il faut ajouter un solide esprit de travail collectif qui nait avec les expériences de terrain, et le travail en groupe pour les dossiers.
Espérons que l'émission de France restitue une partie de cette ambiance.

Jeudi 6 mars 2008, à 20 h 55, sur France 2.


L'Ecole Nationale Supérieure du Paysage de Versailles, vue du ciel.

jeudi 10 janvier 2008

Séminaire Paysage GIP Seine-Aval - Synthèse

Il y a plusieurs mois, les 25 et 26 octobre 2007, se tenait à Rouen, un séminaire de réflexion et de partage d'expérience sur la prise en compte de la dimension paysagère dans la compréhension de la dynamique globale de l'estuaire.
Ce fut l'occasion de discuter à partir des visions du paysage par des chercheurs en diverses disciplines (sociologue, géographe, historien, économiste, philosophe), de prendre connaissance de diverses techniques et outils d'analyse des paysages, d'estimer l'impact de la prise en compte paysagère dans des opérations de reconquête d'espace réalisées. Tout ceci sans perdre de vue la perception de l'usager.

Vous pouvez obtenir les principaux éléments qui ont constitué ces échanges sur le site du GIP Seine-Aval à cette page. Vous pourrez également télécharger quelques documents (présentation PowerPoint, photos, ou résumé des interventions).

Si vous êtes particulièrement intérressés, vous pouvez également contacter le secrétariat scientifique du GIP, ou m'envoyer un courriel.

mardi 30 octobre 2007

Rendez-Vous CAUE - Gilles Clément - 07/11



Parmi les acteurs et "activateurs" du monde du paysage et du jardin, certains sont plus marqués que d'autres, par leur qualité de réflexion et leur indépendance d'esprit, par leur savoir-favoir et leur savoir-être, par leur simplicité et l'art de nous dérouter.


Gilles CLEMENT fait partie de ceux-là.


Il sera à Rouen pour une conférence, en réponse à l'invitation du CAUE 76.

Le Mercredi 7 Novembre 2007 à 14 h 30

Hôtel du Département - Rouen.

Il est l'inventeur du Jardin Planétaire, qui met en scène la diversité des êtres et le rôle gestionnaire de l'homme sur cette diversité. Il est également l'auteur de nombreux ouvrages dont mon préféré est "Le dindon et le dodo". Il est aussi le concepteur du Jardin en mouvement et du Tiers Paysage.

Oui, le jardin-Terre est habitable, si nous acceptons de ne pas blesser la terrede la soigner, de favoriser les échanges entre êtres vivants, de nous comporter en jardinier respectueux de la nature et de produire sans épuiser.

Jardinier et paysagiste, Gilles Clément devrait nous enchanter, nous interroger sur la vie comme un bien précieux, précaire et donc épuisable, et nous inviter à regarder notre Jardin-Terre avec un autre regard.

Un rendez-vous du CAUE à ne pas manquer.


vendredi 13 juillet 2007

Paysage en morceaux

Avec l'oeil, l'homme appréhende un paysage ; il le voit, il le contemple et il voyage à l'intérieur par la pensée.
Mais l'oeil ne suffit pas pour comprendre de quoi le paysage est fait, ce qu'il nous donne à voir.
Pour cela, il faut entrer dans le domaine de l'analyse. Et la plus simple façon d'analyser quelque chose, c'est de le segmenter, de le découper, de l'ouvrir, de le disséquer.

Chacune des disciplines qui s'y intéresse tente de faire du paysage un assemblage de parties plus petites qu'elles pourront mieux cerner. Puis, elles proposeront de rentrer davantage dans le détail en créer d'autres subdivisions.
On va ainsi trouver de nombreuses dénominations pour ces portions de l'espace, scène ou image, vues suivant les "chercheurs ou artisans".
Par exemple, et en vrac : segment, fragment, élément, vue, géon, entité, unité, écosystème, hoplexol, pavé, système, matrice, parcelle, constituant ... et j'en passe.
La différence entre Entité Paysagère (expression inventé par Bernard Lassus en 1991) et Unité Paysagère est particulièrement subtile. Selon Yves Luginbuhl, la différence repose sur la présence, la forme ou l'organisation de caractères : relief, hydrographie, occupation du sol, forme d'habitat, végétation. Subtilité !!!







Mais quelle est la relation avec les mots de la vie ? Les mots utilisés par ceux qui vivent dans le paysage observé peuvent être différent des mots utilisés par le savant. Mais dans ce cas, il n'est pas encore le "sachant" car il ignore les vrais mots.

Certains diront qu'il s'agit d'un autre niveau de lecture... et ils auront raison. Mais doit-on passer cette dichotomie sous silence ? Non. Elle pourrait même s'avérer constructrice.

Apprendre à associer les "mots des vivants" avec les éléments constituants du paysage, c'est déjà mettre en relation deux démarches : celle de l'analyste et celle de l'enquêteur... ou plus franchement dit, celle du paysagiste et celle du chercheur en sciences humaines, qu'il soit ethnologue, sociologue, archéologue ou historien du paysage.

Un pas à franchir entre disciplines qui a déjà été effectué par certains d'entre nous (ils se reconnaîtront ;-) ).
Et cela est, il me semble, porteur d'espoir. Non seulement pour l'analyse et la compréhension des paysages, mais aussi pour un aménagement du paysage raisonné. Chercher à utiliser en même temps la géographie physique, la géographie humaine, l'écologie, l'histoire, ...pour comprendre un (son) paysage est un défi plaisant à relever.

dimanche 8 juillet 2007

Périurbanité

Il est logique pour la plupart d'entre nous de penser que chacun doit avoir son lieu de vie, son habitat individuel, si possible avec un petit coin de nature autour. L'apogée de la maison individuelle et séparative est bien présente.

Depuis quelques années, l'intérêt des paysagistes pour le fait périurbain est devenu assez général. L'aménagement paysager des banlieues cherche à améliorer la qualité de vie des résidents. L'agriculture périurbaine nécessite des mesures de protection et d'une bonne gestion des espaces qui y sont consacrés.
Et rarement, il est envisagé de supprimer la notion de "banlieue". Cette dernière est toujours évoquée par rapport à un centre, or aujourd'hui une ville a bien souvent plusieurs centres : historiques, économiques, administratifs...
Notre société évolue selon le principe du développement de l'emprise au sol de nos habitat. L'espace devrait pourtant être économisé pour laisser de la place à ceux avec qui nous partageons la planète, plantes et animaux. L'homme a trop pris l'habitude du développement horizontal après avoir tenté la marche vertical des tours et gratte-ciel.
Ces immeubles ont montré leur manques d'humanité et pour éviter ce peur collective de la vie en IGH (immeuble de grande hauteur) dont l'extrême est visible dans le film Blade Runner, l'homme à préféré "manger la campagne".

Alors que les services des Directions Régionales de l'Equipement se restructurent, ils oublient que la mission d'organisation de l'habitat leur incombe. L'urbanisme peut aussi densifier l'habitat et limiter cette faim d'espace de nos villes et de nos banlieues.
On pourrait commencer par accepter de vivre dans des maison jumelées ou groupées, plutôt que de chercher à tous prix ce jardinet autour de notre cher foyer.
En réduisant la place de la voiture dans nos villes et nos villages, nous pouvons aussi libérer de l'espace pour rendre un habitat plus dense et plus agréable.

Les paysagistes devraient oeuvrer en ce sens et montrer que l'habitat individuel n'est pas toujours la panacée. Par exemple en visant l'aménagement de qualité des espaces collectifs, on peut envisager de réduire l'emprise des espaces privés. Cela aussi pour renforcer le lien social et diminuer notre esprit trop individualiste.
On dit que la banlieue manque de lien social, alors on en fabrique souvent artificiellement. On pourrait également réinventer des centres, plus denses et plus coopératifs. Faire que les banlieus deviennent des quartiers. Et les résidents auraient plaisir à "être" du quartier plutôt que de la banlieue de la ville qui n'est que leur voisine.

Une décroissance de notre urbanisme, en quelque sorte.

mercredi 4 juillet 2007

Quelles sciences pour quel paysage ?

La question mérite d'être posée.

Le paysage est un objet d'étude complexe mais il est également un lieu d'action, d'agissement.
En fait, le paysage est une sorte de "machin" bien difficile à définir où chaque discipline professionnelle qui s'y intéresse voit un objet différent. C'est donc un objet à bord flou comme dirait Bruno Latour.
Paysage fait penser à paysagiste. Mais le support sur lequel agit le paysagiste existe d'abord par deux disciplines précises : la géographie et l'histoire. La géographie va s'enrichir au contact de la géologie pour avoir un support sur lequel poser ses cartes. L'histoire va chercher des données en archéologie, en archivistique, en droit ancien.
L'éthonologue va voir les usages qui sont pratiqués dans ce paysage et chercher à comprendre leurs origines grâce aux données de l'histoire et de la géographie. Le sociologue verra les acteurs du paysage et leur maitrise des usages.
Le botaniste pourra inventorier la flore et l'écologue comprendra le fonctionnement des communautés végétales.
Le regard du paysagiste sera celui du projet. Il devra alors intégrer toutes les données (et j'en ai volontairement passées sous silence) pour les faire siennes, les composer, les imaginer dans de nouvelles relations, avec de nouveaux acteurs ou dans de nouveaux usages. Ou bien simplement, il veillera au respect des usages et aspects anciens.
Comprendre cette démarche interdisciplinaire en paysage est pour le paysagiste une garantie de qualité et de rigueur, mais également une grande difficulté car sa liberté de création pourrait sembler moins grande.
En effet, la politique de la "table rase" pour construire un nouveau paysage (à l'image de l'action urbanistique) est plus difficile si on connait l'origine de la table et de ses ornements.
Mais la liberté du paysagiste est justement de savoir composer entre cette surface, ce modelé, ce passé, ce pays ... afin de construire de nouvelles perceptions.

vendredi 29 juin 2007

Construire du paysage ?

Voilà bien une expression que j'ai souvent trouvée dans des discours, communications de colloques et différents textes.
En particulier, l'agriculteur, le paysan est souvent considéré comme le premier constructeur du paysage, inconscient de sa construction. C'est surtout le reflet d'un fait récurent : la perception du paysage est difficile pour celui qui y vit. Peut-on être à la fois acteur et observateur du paysage ?
En cherchant à généraliser la question sur l'agriculteur à d'autres formes d'acteurs ou de personnes présentes à la construction comme à l'observation (ou à l'absence de celle-ci), il serait bon de s'interroger sur le conducteur de travaux publics qui construit une route et qui en est aussi l'usager. Peut-il, lorsqu'il l'emprunte, y observer le paysage que sa "création routière" donne à voir ?
Et c'est la même chose pour le paysagiste. Peut-il créer du paysage si il est amener à y vivre ? Peut-on être paysagiste dans sa commune ? ... et être prophète en son pays en matière de paysage, en quelque sorte.
C'est sur cette question que je vous laisse pour le week-end.

dimanche 27 mai 2007

Paris - Jardin des Tuileries

Que faites-vous entre le 1er et le 3 juin ?

Comme l'an dernier, vous êtes invités au jardin avec "Jardins, jardin", 4° éditions dans les allées du Jardin des Tuileries, à Paris. L'occasion de découvrir de nouvelles techniques de taille, d'arrosage, de traitement des végétaux et du paysage.

Organisées par un paysagiste, un jardinier et un entrepreneur en paysage, en collaboration avec Le Louvre, ces journées sont en passe de devenir un incontournable rendez-vous du jardin en Ile-de-France.

L'occasion de découvrir ce petit "coin de banlieue" que Catherine de Médicis voulait changer en jardin en 1564. Le jardin de Le Nôtre reste un modèle pour les jardins publics du monde entier.

Une journée "presse" aura lieu le jeudi 31 mai. Les autres jours, c'est pour tout le monde de 10 h à 20 h (19h le dimanche).
Attention, l'entrée est payante - 10 euros.

C'est pas encore le festival de Chaumont-sur-Loire mais un début dans cette saison des manifestations dans les jardins.

jeudi 24 mai 2007

Jardin et Idéologie

Hier soir, dans le cadre de l'émission "Mondes et Merveilles", sur France 5, la seconde partie de l'émission était consacrée à un enregistrement d'une conférence filmée spécialement au Théatre Mouffetard. Le généticien Pierre-Henri Gouyon venait raconter l'histoire des gènes, et celà de façon très humoristique.
Il a évoqué la position selon laquelle les gènes étaient fondamentalement considérés comme "de droite", depuis les évènements de 68 car les chercheurs de ce domaine montraient plus que de la frilosité face aux mouvements de cette époque.
Sous-entendu donc, que par opposition, les domaines comme les Sciences de l'Homme et de la Société (SHS) étaient forcément "de gauche" ; chose confirmé par une simple étude des faits, même si les intellectuels de droite étaient bien présents.
Si l'on considère notre domaine scientifique orienté vers le paysage, il est clair que bon nombre de grands théoriciens comme de grands paysagistes n'hésitent pas à montrer leur positionnement politique à gauche. Mais peut-être qu'il existe cependant des passionnés de paysage ailleurs, y compris parmi les plus scientifiques qui se positionnent clairement à droite. Ils peuvent être simplement moins portés à faire connaître leurs avis politique et leurs engagements éventuels en ce sens.
J'ai d'ailleurs tendance à penser que cela est profitable.

Peu m'importe de savoir que le paysagiste X ou l'artiste de jardin Y vote UMP ou PC.
Si il a choisi de faire que ses convictions politiques soient moteur de ses travaux ; alors ceux-ci devraient spontanément le montrer par un peu d'analyse - ne serait-ce que par les incidences sociales que l'aménagement paysager provoque.
Mais justement, le travail sur le paysage étant, par essence même, une réponse à une demande sociale, n'est-il pas forcément un positionnement politique ? Et dans le sens du non-partisant, non-simplifié, non-endoctriné. Il suffit de repenser à l'épopée des jardins ouvriers et des jardins familiaux pour voir la diversité des sensibilités politiques qui s'y sont intéressé.

Il me semble inconcevable d'imaginer un paysagiste du Front National qui ferait un aménagement de jardin de type Frontiste et qui serait identifiable comme tel.
Existe-t-il un paysage ou un jardin communiste ?
Le paysage ne saurait se reconnaître d'un parti.

Mais rien n'empêche que le jardin se reconnaisse d'une idéologie.

Nous regarderons dans les prochaines semaines les évènements du monde politique qui pourraient concerner nos centres d'intérêt, les prises de position d'Alain Juppé et de ses DIREN. Y-aura-t-il une politique du paysage sarkosienne ?

mardi 15 mai 2007

La compréhension du paysage doit beaucoup à l'interdisciplinarité. J'aurais sans doute l'occasion d'en parler longuement dans une autre message mais je voulais vous inviter à une lecture qui pousse à aller toujours plus loin dans la rencontre entre les genres.


Les Carnets du Paysage, ouvrage collectif réalisé par l'Ecole de Versailles et édité par Actes-Sud est une petite merveille. Comment montrer que le paysage est un espace social à occuper, si ce n'est en laissant la place à la danse. C'est l'objet de ce numéro paru en janvier 2007. A ne pas manquer.


Changeons d'institution pour évoquer un autre ouvrage passionant et qui fait suite à mon post concernant M. Lassus. Le livre se nomme "Paysage et lisibilité de la route" et pourrait se sous-titrer "comment transformer le paysage en un élément de sécurité routière". Il s'agit en fait d'un guide, édité par le SETRA (Service d'Etudes Techniques des Routes et Autoroutes) qui fait suite à des expériences partagées en 2003. Les travaux engagés dans de nombreuses DDE sur l'intégration des problèmes de sécurité routière et de conduite appaisée en contexte urbain est ici ouverte au milieu du péri-urbain et du rural. En fait, il s'agit surtout d'une évolution du concept d'intégration routière dans le territoire et le paysage. Le texte est disponible sur le site du SETRA et coûte 23 euros.

Dernier point bibliographique pour ce jour, une revue de paysage que j'ai trouvé récemment, une découverte, presqu'une révélation. POLIA. Le paysage devient vraiment Art. Je le savais, la revue le démontre par l'exemple ; cette revue qui se sous-titre elle-même : 'Revue de l'art des jardins". Deux numéros sortent chaque année depuis le printemps 2004.


Le numéro 7 va bientôt paraître. On y trouvera de nombreuses choses, comme dans les 6 autres numéros. Des études comme celle des numéros, précédents : sur les aménagements hydrauliques de Chantilly au XVIIe siècle par Romain Portes et Yves Bück ; divers documents comme des présentations inédites de dessins de jardins ou des notes de voyageurs historiques ; et aussi de l'actualité comme celle de Astrid Verspieren à Varengeville (76) qui y concevait un Crop Circle Garden. A suivre, puisque cette revue se veut l'équivalent français de la revue Garden History.

Bonne lecture.

A propos d'Astrid Verspieren, voici le lien vers un article du journal de Dieppe "Les informations dieppoise" qui vous fait part d'une des dernières idées étranges et géniales de cette paysagiste dans le cadre de la biennale d'art contemporain ; et que je me ferais un plaisir de suivre.

vendredi 11 mai 2007

Une belle leçon de paysage... pour mieux comprendre qui est le paysagiste.
Par Michel Corajoud

mercredi 9 mai 2007

Sur l'autoroute...


En faisant quelques 300 km en voiture aujourd'hui, je me suis rendu compte que le regard sort très peu de la ligne de la route. Pour notre sécurité, bien sur, nous avons un champ de vision que nous rétrecissons. Ce qui est au-delà de 30 degrés de part et d'autre de l'axe de la route, ou de l'autoroute, n'est qu'ombre à peine esquissé.
Le paysage se résume donc pour le conducteur à un ruban de bitume le long duquel passe des couleurs. Parfois, certaines attirent notre regard et nous fait quitter le ruban pour une tache de couleur qui devient un groupe de bâtiments, une forêt, ou le plus souvent, un panneau publicitaire géant.

Bernard Lassus, grand prix du paysage en 1996, a publié de nombreux articles sur le sujet du paysage de l'autoroute. Il se place dans la posture du passager ou du conducteur qui regarde un peu en dehors de la route mais le ruban lui-même, observé par le chauffeur ne figure que rarement dans ses préocupations. Par contre, les abords sont parfaitement aménagés sous sa conduite, comme sur l'A 85, dont la plus belle vision est d'avion... dommage qu'elle ne soit pas observable depuis le volant de la voiture.
Pour découvrir son travail, rendez visite à son site web