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mercredi 6 juillet 2011

Petit exercice pratique 1

Je vous propose aujourd'hui de faire votre premier exercice pratique d'archéologie du paysage, et en l'occurrence, plus exactement d'archéogéographie.
Cette discipline vous invite à changer votre regard sur le territoire, en privilégiant la lecture des formes. Mais trop souvent, cette lecture est limitée aux formes du parcellaires, or il nous faut aller bien au delà. Les formes, dans le paysage, ce sont aussi les modelés, les relations topographiques et aussi les réseaux qui se dessinent dans l'espace. A la dimension planimétrique s'ajoute alors une perception des reliefs et une dynamique.
L'un des plus beaux lieux d'apprentissage actuel en lecture du paysage est le web, avec les nombreux sites qui fournissent de vues verticales, satellitaires traitées ou non. GoogleEarth n'est qu'un parmi d'autres.

L'exercice que je vous propose est simple. J'ai choisi de la faire régulièrement pour ne pas perdre les réflexes de l'archéogéographe.
1 - Choisissez (au hasard, c'est mieux) un coin de territoire... et peu importe la région du monde ... d'une superficie raisonnable, de l'ordre de 3 à 5 kilomètres de coté.
2 - Sur cet espace, qui pourrait être celui d'une commune française, observez les lieux forts, structurants, marquants, selon vous, l'organisation de l'espace.
3 - Là intervient l'autre point particulier de la démarche archéogéographique : détachez vous de tous vos a priori, pré-requis du géographe ou de l'historien. Pensez eu terme de fonctionnalité simple, de bon sens, de praticité des liens et des lieux.
4 - Imaginez l'histoire du lieu. Racontez vous une histoire de son développement de son aménagement ... et n'oubliez pas que ce que retracez alors relève peut-être d'un soupçon de réalité.

Vous venez de faire votre premier exercice archéogéographique.

La photo ci-dessous peut-être un bon essai !
........ mais pour faire suite à la remarque d'une collègue roumaine ... Si avec ça, les terroristes ne sont pas au courant des points stratégiques !!!



Et n'hésitez pas à m'adresser vos commentaires !

samedi 6 décembre 2008

Le Paysage pour les débutants - 9

Un retour sur mes leçons de paysage pour parler des points remarquables.

J'avais évoqué dans deux précédents messages l'organisation en plan et en masse visible d'une vue, d'un paysage. Revenons à cette image de la côte adriatique et observons ce qui attire notre regard.

En premier lieu, et plus encore que les masses boisés du fond de l'image, il y a le clocher. Puis le bosquet central apparait comme une tache de verdure remarquable. Enfin, quelques plages de détail ensoleillées ou peintes en blanc, peuvent encore focaliser notre vision.

Que s'est il passé ?
Les points remarquables de l'image ont perturbé notre perception de l'image en nous forçant à focaliser sur certains d'entre eux. Ces points sont de trois types (dans cette image).
1/ La rupture de rythme. Le clocher introduit une masse verticale dans une image à forte composition horizontale.
2/ La rupture de couleur. Une tache verte au centre d'un paysage beige et rose. Ce n'est pas seulement la couleur qui fait la force de cette masse boisée mais aussi sa localisation quasi centrale selon ce point de vue.
3/ La rupture lumineuse. La plage au premier plan, la maison blanche au centre droit, le rivage au lointain, sont autant d'éléments secondaires qui appellent l'oeil et construisent notre perception du paysage.

Mais attention, tout ceci n'est vu qu'à partir d'une photographie. Il en va différemment en situation réelle où notre champ de vision est supérieur à ce que rapporte une image de ce type. Il peut y avoir plusieurs ruptures rythmiques, plusieurs ruptures colorées et la rupture lumineuse peut être celle d'un large constraste entre deux zones du champ de vision.

Notons enfin que l'éloignement rentre peu en ligne de compte dans ces perceptions.

Nombreux sont les paysagistes qui devraient reprendre ces éléments basiques dans leur réflexion. Je pense ici aux études pour insertion paysagère de grandes infrastructures qui bien souvent ne restituent pas cette analyse pourtant simpliste du contexte paysager.

Regardez bien autour de vous, ces ruptures sont partout, elles font notre environnement, notre champ de vision. Sans elles, notre paysage serait si terne.

mardi 9 septembre 2008

Le Paysage pour les débutants - 8

Retour sur notre image d'un paysage de Croatie pour ajouter quelques éléments d'analyse pour tous.
Il ne sera question ici que d'outils d'analyse simples, proche de ce qui est pratiqué en histoire de l'art.

Une "vue" demande à être comprise par les plans qui s'y observent.
Sur cette image de Croatie, la côte très découpée qui semble un seul paysage est en fait très composite.
On y observe quatre plans principaux :
1 - Le premier plan est une oblique qui nous fait descendre vers la plage du second plan.
2 - L'anse du second plan est associée à une importante zone bâtie avec quelques édifices remarquables et des pans de fortifications qui façonnent des masses limitant la vue.
3 - La ville se poursuit en troisième plan avec une végétation suffisamment dense pour cacher les maisons.
4 - Plus au loin, la forêt littorale s'étalme dans la brume.

Entre chacun de ces plans, ou presque, l'eau emplit l'espace qui les sépare. Et même si la mer n'est pas visible, on se doute qu'elle est bien là.
Seule le clocher et la mer sont des liens entre les différents plans de lecture.

Ces différents éléments de paysage forme un tout. Si notre vue nous montrait la même zone en se situant face au littoral (alors que nous sommes ici très en oblique et depuis l'intérieur des terres), notre vision en serait changée mais nous verrions le même paysage.

Avec notre image, il est difficiel de dire si nous sommes en présence d'une "unité paysagère" globale, au sens de la Convention de Florence. Nous sommes certainement face à un grand paysage.

A suivre... "les détails qui changent tout"

mercredi 18 juin 2008

Le Paysage pour les débutants - 7

Retour au paysage, donc.

J'ai déjà abordé quelques points essentiels sur ma façon de lire, voir, comprendre, saisir ... le paysage dans mes précédents "Paysage pour les débutants".

Revenons donc à l'un de ces fondamentaux.
Un paysage, c'est d'abord une vue, un espace, une portion de territoire que l'on embrasse du regard. La notion de "point de Vue" est indissociable de celle de "paysage".
En cela, le paysage peut se résumer en : un point d'observation, un angle de vue, une profondeur de champ. Sur une carte, il se résume à une sorte de triangle avec un côté irrégulier en fonction des éléments qui limitent cette profondeur de champ.
L'angle de vue est celui de l'oeil. Pour la plupart d'entre nous, cet angle est de 46°, même si nous percevons ce qui se passe en dehors de ce champ, en particulier si il y a mouvement. Ces 46° correspondent à la focale 50mm d'une optique traditionnelle d'appareil photographique (24 x 36). On utilise souvent le terme de "champ visuel".
La définition la plus courante et simple du champ visuel est la suivante : "Le champ visuel est la zone totale dans laquelle la perception visuelle est possible lorsque la personne regarde devant elle."

Donc le paysage est d'abord un espace couvert par la vue. Il est limité par les obstacles qui limitent le champ et par le bord de champ, flou, car de légères perception sont possibles d'au-delà de cette limite. Les limites et obstacles vont également partie du paysage.



Il suffit de changer le point de l'observateur pour que le champ de vision, les effets dus aux obstacles et l'ensemble du paysage changent.

Bien entendu, il ne faut pas voir simplement cela en plan mais il faut prendre en compte la hauteur du champ visuel, légèrement inférieure à sa largeur car c'est dans cette hauteur que ce place les différents plans. mais c'est déjà une autre histoire.


Photo : (cc) Bruno Monginoux / Photo-Paysage.com


A suivre avec un exemple croate commenté ...

vendredi 2 mai 2008

Le Paysage pour les débutants - 6

L'étude de paysage passe forcément par une étape de lecture visuelle, de description de ce que l'on voit (objet d'un ou plusieurs futurs messages).
Mais cette étude passe aussi par le report graphique de ce que l'on voit (sujet dont on reparlera aussi dans cette rublique).

Ce report peut se faire de multiples façons : un dessin au crayon, une aquarelle ... la superposition sur une carte. Bien souvent, la carte IGN au 1/25.000e est utilisée

Une option facile vient d'apparaitre pour les reports sur de petite surface. L'échelle du cadastre est maintenant utilisable. Le cadastre numérisé est en ligne.
Le site est encore en version Béta mais il fonctionne plutôt bien.
http://www.cadastre.gouv.fr/scpc/rechercherPlan.do#



Découvrez le ! Pour certaines communes, les feuilles de sections sont assemblées et il est possible de passer d'un section à l'autre simplement en faisant glisser l'image. Pour d'autres, les feuilles sont numérisées indépendamment du tableau d'assemblage.
La recherche se fait par département, nom de commune, lieu-dit, adresse, code postal. Le zoom permet d'aller de la vision communale ou détail d'une parcelle unique.






Les outils avancés permettent de s'informer sur les parcelles contenues dans un polygone ou un cercle ; de choisir son mode d'impression ; de mesurer des distances, des périmètres, des surfaces, un gisement ; de dessiner sur le fond cadastral ; et enfin de créer un fichier de points (n°, x, y) en fichier texte ASCI que vous pourrez entrer dans un tableur ou une table pour ArcView.


Un site absolument indispensable et à placer dans vos signets.


Quelques exemples ci-dessous sur la ville de Rouen et l'église Saint-Paul.

Les sections avec leurs noms apparaissent à partir d'un certain grossissement. Si on décide de forcer encore le grossissement, les parcelles deviennent visibles, puis leur numéros et les adresse sur voirie.

















La parcelle de l'église Saint-Paul a été cernée d'un polygone. Vous remarquerez que tous les éléments cadastraux sont présents (limites de parcelles, bâtis, appentis, bord de voie ...). Le périmètre de la parcelle choisie est de 209,87 mètres. Ces données sont indicatives et ne peuvent en aucun cas être opposables. Attention de tracer le périmètre à une échelle suffisante pour bien placer les points tout en ayant toute la parcelle visible.


















Ci-dessous, voici un ajout de texte en rouge sur le même extrait. Il n'y a plus qu'à imprimer.




Par contre pour obtenir la feuille complète, il faudra payer. Les extraits obligent une limitation de l'espace choisi en relation avec l'échelle et la précision de lecture. Plus le périmètre à observer est large, moins vous aurez de détails.



Une site extra qui ne fera sans doute que de s'améliorer. Les détails du fonctionnement du site sont dans la page d'aide accessible par l'accueil du site. La Direction Générale des Impôts sera remercier sur ce coup là ;-))

dimanche 10 février 2008

Le Paysage pour les débutants - 5

Autre dimension de l'étude des paysages : la mise en relation de l'histoire et de la géographie.
Cela a donné naissance à une nouvelle discipline qui présente de nombreuses variantes (et donc des noms différents), souvent liées à l'époque et au(x) paradigme(s) du chercheur.
On a parfois parlé de Géographie Historique, de morpho-histoire, et aujourd'hui d'archéogéographie.

Issue des réflexions de Gérard Chouquer et son équipe de recherche, cette discipline étudie l'impact de l'occupation humaine, dans l'espace et le temps, par une analyse de la morphologie de ces occupations, de leurs aménagements périphériques et de leurs relations avec les espaces "naturels".
L'espace caractérisé est ici proche de ce Augustin Berque nomme "Ecoumène".
Les techniques utilisées proviennes de la cartographie, de la photographie verticale, oblique ou satellite, de l'urbanisme, de la géographie humaine et sociale et de la dynamique.
L'étude passe par la construction de "compilations". C'est-à-dire qu'il faut construire un document regroupant toutes les traces observables, sans distinction d'origine et de forme. Cela peut faire apparaitre des facteurs d'organisation (morphogènes, éléments structurants, planification, organisation spontanée) qui peuvent présenter une cohérence historique, ou non.
Cette base graphique de l'archéogéographe sert à discriminer les ensembles qui montrent des cohérences, des signes de durabilité ou de résilience.
Ensuite viendra la mise en relation éventuelle avec des phénomènes historiques, géographiques, orographiques, hydrographiques, géologiques ou sociaux.

L'analyse des photographies aérienne montre de nombreuses traces fossiles. Elles peuvent prendre un sens lors de leur mise en relation avec les limites de parcellaires observées sur le cadastre du début du XIXe siècle (cadastre napoléonien) et avec l'observation des haies encore présentes sur le terrain (cf la série photo aérienne - dessin d'interprétation - réseau présent dans le secteur / travaux Gérard Chouquer).

Un traité sur la discipline archéogéographique est en cours de réalisation


Pour plus d'informations, aller faire un tour sur le site "officiel" de l'archéogéographie : www.archeogeographie.org

mardi 18 décembre 2007

Le Paysage pour les débutants - 4

Après avoir abordé les formes générales du paysage avec le volet de la morphologie, de la géologie ... voici un commentaire sur les sources de la connaissance des paysages dans leur dimension environnementale.
L'environnement des paysages actuels est caractérisé par les végétaux mais aussi par la faune qui y vit. Cette symbiose entre faune et flore qui forme l'une des bases de l'écologie s'applique aussi pour les temps passé. En obtenant des informations sur l'une de ces composantes pour un moment reculé du passé, on peut envisager des déductions sur les autres composantes de l'environnement.
Une plante particulière peut être associée à d'autres qui forment avec elle un groupement végétal caractéristique. Une faune peut lui être également associée. mais, ce n'est pas si simple, une plante peut appartenir à plusieurs types d'associations.
Pour les paysages et environnements du passé, c'est la même chose.
Les sciences du paléoenvironnement sont multiple. Elle peuvent donner une image directe du végétal environnant en identifiant des espèces par leurs restes.
Elles peuvent également fournir une image indirecte par des traces laissées par les espèces animales vivant dans un milieu défini.
Elles permettent également de fournir une image climatique locale ou micro-locale (stationnelle) dont la représentativité doit être estimée. Toutes ces démarches peuvent être combinées. Elles reposent sur des indicateurs.
On parle aussi de paléobotanique pour les végétaux et de paléofaune pour les animaux.
Quelques disciplines spécifiques sont :
La palynologie qui étudie la partie la plus solide des plantes, les pollens. Les pollens se dispersent plus ou moins loin suivant les espèces, avec l'aide du vent, des insectes, de l'eau, de l'homme. Le comptage des pollens dans les couches sédimentaires permet de construire une représentation "théorique" d'une courte séquence de temps plus que celle d'un instant T.

La carpologie étudie les macro-restes végétaux, graines et fragments divers de végétal dont l'identification donne des indices sur la présence de certaines espèces. Elle est fréquemment utilisée pour les dépôts liés à une activité humaine (silos, dépôts funéraires) mais aussi dans les tourbes certains paéosols.
L'anthracologie étudie les charbons de bois et permet de définir les espèces et éventuellement la portion du végétal utilisée.
La xylologie étudie les fragments de bois conservés. Particulièrement intéressant en contexte tourbeux boisé, elle est aussi importante lors qu'il y a présence de bois travaillés par l'homme.
La malacologie collecte les informations sur les mollusques. Tout le monde voit des petits coquillages terrestres et des coquillages marins. Il existe aussi des coquillages très précisément adaptés à des milieux spécifiques, on dit aussi "inféodés". Les coquilles microscopiques sont comptés et permettent également de fournir une "image" du milieu.

Le spécialiste de la paléoentomofaune compte également, mais il s'agit des reste de coléoptères et autres insectes. Les élytres (qui protègent les ailes) sont la partie résistante de ces animaux. On les retrouvent dans la plupart des sédiments organiques.
On peut également faire des décomptes de tout reste des enveloppes de animaux que ce soit en calcaire, silice, chitine ou composite. Ces restes sont des "tests". C'est le cas des mollusques, mais aussi les algues dites diatomées. Le test est alors nommé frustule. Les oursins sont aussi de ce type, comme d'autres espèces d'invertébrés.
Enfin, les végétaux peuvent présenter des cellules dans lesquelles se développent des concentrations de silice sous forte d'opale. Les phytolithes sont des indicateurs végétaux particulièrement fiables.

De nouvelles disciplines sont régulièrement inventées pour fournir des indicateurs paléoenvironnementaux. Associés aux géomorphologues holocènes, les environnementalistes proposent des scénarios d'évolutions climatiques locales (ou micro-locales) mais aussi pour des territoires plus larges. La représentativité du point de prélèvement est alors essentielle : tourbière, site archéologique, sédiments alluviaux, colluvionnements ...).

Illustrations : groupe de pollens, lucane cerf-volant, phytolithe.

dimanche 2 décembre 2007

Le Paysage pour les débutants - 3

Quelques mots, aujourd'hui, sur la connaissance des paysages du passé. Quelles sont les sources de cette connaissance ?
Ces sources varient en fonction des régions et surtout de l'ancienneté des paysages. Autant de l'ancienneté pour laquelle vous souhaitez "reconstituer, reconstruire, évoquer, imaginer" le paysage (l'état du paysage local à la fin de la dernière époque glaciaire ou au XVIIIe siècle), que de l'ancienneté des héritages (reste-t-il des traces des paysages gaulois dans mon paysage actuel ?).

Nous laisserons donc de côté le débat sur la nature du "paysage" : culturel, naturel, pictural, vécu, ressenti, éprouvé, vu, ... pour nous concentrer sur les composantes d'un espace que certains nommerons "pays" et d'autres "paysage".
Ces données recouvrent essentiellement 4 domaines : - la géologie et l'orographie (les modelés du terrain, hydrographie ...) - la végétation (botanique, écologie ...) - la géographie (parcellaire, organisation des habitats ...) - l'histoire (pratiques, natures des occupations ...)

Chacun de ces domaines s'interpénètre. Les sources sont parfois partagées entre plusieurs des ces domaines. Pour prendre un exemple simple, les cadastres anciens sont autant une source d'information en histoire, en géographie, parfois en végétations lorsqu'elle sont différenciées.

Commençons par les formes du terrain, les modelés liés à la géologie, à la tectonique, à l'hydrologie.


La Géoarchéologie (parfois nommé de façon restrictive: géologie superficielle, du Quaternaire ou de l'Holocène ...) est la discipline qui étudie les sédiments archéologiques ou non archéologiques à des fins de compréhension des actions de l'homme ou de restitution de la physionomie du terrain sur lequel l'homme a pu agir.

Entre sciences naturelles et humaines, elle peut se définir comme une approche géologique d'un site archéologique, ou comme une application de la démarche de l'archéologue en géologie.

Elle utilise de nombreuses techniques ou approches.
- la stratigraphie qui étudie la succession des dépôts sédimentaires, naturels ou liés à l'activité humaine. Elle permet de fournir des datations relatives entre sédiments. Une couche qui repose sur une autre lui est postérieure (en situation de dépôt naturel).

- la géomorphologie étudie de façon assez descriptive et explicative les formes du relief et leur formation.

- la sédimentologie caractérise les dépôts et permet de comprendre leur genèse en localisant les provenance des minéraux part exemple. Les outils sont ici minéralogiques, granulométriques.

- la pédologie étudie la structure et la formation des "sols", c'est-à-dire de la partie superficielle du terrain, les premières dizaines de centimètres.

- la micromorphologie (d'autres noms pourraient être utilisés ici) étudie les sédiments meubles au microscope. Elle permet de comprendre comment les particules sédimentaires se sont mises en place, ont été perturbées, érodées, remaniées. L'isolation de la matière organique et son étude (comme la méthode dites des palynofaciès) peut y être rattachée.

- la géochronologie prend en compte la durée des phénomènes sédimentaires, nommés alors séquence et pour lesquels l'analyse des processus chimiques fournit des notions de dynamique.


L'étude d'une site (archéologique ou non) passe par la compréhension de la mise en place des sédiments le constituant. L'analyse doit être menée dans les trois dimensions de l'espace. Il est nécessaire de passer par des descriptions précises, détaillées, pour comprendre les modalités de formation et d'évolution dans le temps.

Sur le terrain, cela se traduit par des coupes stratigraphiques, des profils pédologiques, des photographies macro- et microscopiques.
Pour comprendre toue les dynamiques, ces relevés doivent considérer le terrain depuis le substrat jusqu'à la surface du sol actuel. Chaque profil pédologique, ou relevé stratigraphique permet d'aboutir à un découpage en unités stratigraphiques.
Chaque unité est caractérisée par un sédiment décrit, déposé d'une certaine façon à un instant déterminé.
Sont donc pris en compte :
localisation - nature - processus de dépôt - état de conservation - dynamique - chronologie.

mardi 20 novembre 2007

Le Paysage pour les débutants - 2


Pourquoi utilisons-nous le mot de paysage pour qualifier tant de choses différentes ?
De la peinture au paysage banal que nous cotoyons chaque matin en franchissant notre porte ; du paysage culturel au paysage mental, un seul mot dont le principal critère est d'être polysémique (qui a plusieurs sens).

Le mot "Paysage" apparait en France pour la première fois en 1549, au même moment (ou presque) qu'en italien - paessagio - en portugais - paysagem - ou en espagnol -paisaje.


Augustin Berque fait remonter l'origine de la notion de paysage à "l'introduction à la peinture de paysage" de Zong Bing au IVe siècle en Chine du sud.

En Europe, le premier mot qui qualifie le paysage est l'allemand Landschaft dès le VIIIe siècle qui qualifie le territoire (landschap en néerlandais, landskip puis landscape en anglais). En Italie, la fin du moyen-âge voit l'apparition du mon paese pour parler d'une représentation picturale d'un pays.

Pierre Donadieu met en vis à vis les deux sens de "paysage", celui de l'image artistique (genre paysage très lié à l'image) et celui de l'étendue visible d'un territoire (plus proche du mot d'origine anglo-saxonne).

En français, "paysage" vient donc du "pays" et est lié au picturalisme, à la peinture de paysage. Quand ce mot est associé à un autre, on peut dire qu'il s'agit du regard porté sur un domaine quelconque. Et le mot qualifie toujours à la fois l'objet et la représentation de l'objet.

Illustration : Montagne Sainte-Victoire et Etretat

samedi 10 novembre 2007

Le Paysage pour les débutants - 1

Voilà un thème qu'il fallait bien aborder un jour ou l'autre.
L'étude, la compréhension, l'envie de paysage n'est pas forcément une démarche innée. Il est utile pour certains de passer par certains préliminaires.

Tous n'auront pour objectif que de nous faire comprendre pourquoi être sensible aux paysages (et aux nombreuses autres notions qu'ils cachent) nous rend acteurs de la société.



Premièrement : Tenter une définition.

De nombreuses définitions existent. La plus classique, issu du dictionnaire est :
"Ce qui est sous l'étendue du regard".
Elle ne me satisfait pas car elle évoque trop la notion de "vue", terme qu'il faut garder en réserve.

Celle de Jean Robert Pitte (géographe) est couramment utilisée: « Le paysage est l’expression observable par les sens (la vue, l’odorat, l’ouïe), à la surface de la terre, de la combinaison entre la nature, les techniques et la culture des hommes. Il est essentiellement changeant et ne peut être appréhendé que dans sa dynamique, c’est à dire l’histoire qui lui restitue sa 4ème dimension ».
La présence du temps donne au paysage une épaisseur, une dynamique.
Cette définition contient en elle-même à la fois la "qualification" du paysage, la relation au "sensible" avec les 3 sens mentionnés, mais aussi le "monde savant" (nature, techniques et cultures). De nombreux chercheurs de notre domaine voient ici le coeur du débat, l'analyse de la relation nature-culture (présente dans plusieurs disciplines) semblant parfois la seul voie pour comprendre ce qu'est la paysage.


Autre définition, celle de la convention européenne du paysage : « Paysage » désigne une partie de territoire telle que perçue par les populations, dont le caractère résulte de l’action de facteurs naturels et/ou humains et de leurs interrelations.

Courte et efficace mais nous renvoyant encore à la relation nature - culture (on finira par parler encore d'Edgar Morin). C'est celle qui est la plus courante (sous-entendue) dans les textes officiels actuels.

Mais ma définition préférée est celle donnée par Gilles Clément : Le paysage, c'est ce qui reste en mémoire lorsque l'on n'est plus sur le site, c'est donc une lecture subjective. Ce qu'il y a dans le paysage n'est que construction. Mais le paysage, c'est aussi le jardin. Et en cela, nous construisons du paysage, nous jardinons la terre close (finie) comme un jardin, nous sommes donc des artisans-jardiniers du "jardin planétaire".

Et en effet, on peut envisager que le paysage n'est jamais uniquement naturel mais toujours soumis à l'action de l'homme, jardiné, aménagé. Ces aménagements sont étudiés par de nombreuses disciplines et chacune d'elle propose donc une (ou plusieurs) définition du paysage.

En conjuguant toutes les définitions, on peut proposer :
Le paysage est à la fois un espace vu et observé, ensemble d'éléments soumis à l'homme à l'intérieur de cet espace, et dont la perception sensible nourrit la mémoire paysagère de l'observateur. L'observateur est médiateur en même temps que lecteur et interprète.

Pour faire simple, la paysage est d'un côté, il est observé. Le souvenir du paysage est de l'autre côté, il est l'expression de ce qui a été ressenti. L'observateur est entre les deux.

Cette explication rapproche la lecture du paysage de celle de l'expression artistique. Le spectateur n'est pas inerte, il interagit avec ce qu'il voit, il est lui-même acteur. Lorsque je regarde un paysage, j'agis sur lui en le mettant en ma mémoire.


A suivre : Le mot PAYSAGE


vendredi 13 juillet 2007

Paysage en morceaux

Avec l'oeil, l'homme appréhende un paysage ; il le voit, il le contemple et il voyage à l'intérieur par la pensée.
Mais l'oeil ne suffit pas pour comprendre de quoi le paysage est fait, ce qu'il nous donne à voir.
Pour cela, il faut entrer dans le domaine de l'analyse. Et la plus simple façon d'analyser quelque chose, c'est de le segmenter, de le découper, de l'ouvrir, de le disséquer.

Chacune des disciplines qui s'y intéresse tente de faire du paysage un assemblage de parties plus petites qu'elles pourront mieux cerner. Puis, elles proposeront de rentrer davantage dans le détail en créer d'autres subdivisions.
On va ainsi trouver de nombreuses dénominations pour ces portions de l'espace, scène ou image, vues suivant les "chercheurs ou artisans".
Par exemple, et en vrac : segment, fragment, élément, vue, géon, entité, unité, écosystème, hoplexol, pavé, système, matrice, parcelle, constituant ... et j'en passe.
La différence entre Entité Paysagère (expression inventé par Bernard Lassus en 1991) et Unité Paysagère est particulièrement subtile. Selon Yves Luginbuhl, la différence repose sur la présence, la forme ou l'organisation de caractères : relief, hydrographie, occupation du sol, forme d'habitat, végétation. Subtilité !!!







Mais quelle est la relation avec les mots de la vie ? Les mots utilisés par ceux qui vivent dans le paysage observé peuvent être différent des mots utilisés par le savant. Mais dans ce cas, il n'est pas encore le "sachant" car il ignore les vrais mots.

Certains diront qu'il s'agit d'un autre niveau de lecture... et ils auront raison. Mais doit-on passer cette dichotomie sous silence ? Non. Elle pourrait même s'avérer constructrice.

Apprendre à associer les "mots des vivants" avec les éléments constituants du paysage, c'est déjà mettre en relation deux démarches : celle de l'analyste et celle de l'enquêteur... ou plus franchement dit, celle du paysagiste et celle du chercheur en sciences humaines, qu'il soit ethnologue, sociologue, archéologue ou historien du paysage.

Un pas à franchir entre disciplines qui a déjà été effectué par certains d'entre nous (ils se reconnaîtront ;-) ).
Et cela est, il me semble, porteur d'espoir. Non seulement pour l'analyse et la compréhension des paysages, mais aussi pour un aménagement du paysage raisonné. Chercher à utiliser en même temps la géographie physique, la géographie humaine, l'écologie, l'histoire, ...pour comprendre un (son) paysage est un défi plaisant à relever.

lundi 11 juin 2007

Google et paysage

Dans une précédente note, j'ai glissé une image issue de Google Earth montrant le jardin botanique de Dijon. Mais, en quoi Google sert-il l'étude du paysage ?
Les photographies de Google sont des images réalisées à partir d'un satellite avec une très forte définition. Par comparaison, Géoportail présente une définition assez similaire, mais cela est variable suivant les secteurs.
Pour la Haute-Normandie, Google est en train de rattraper, voire de doubler Géoportail au niveau de la qualité. En général, pour la France, la précision des raccords entre images est moins bonne sur Google.

L'observation de Google est une première étape pour comprendre les grands traits morphologique d'un territoire. La mise en évidence de certains des "morphogènes" est possible dès ce niveau. On y observe une rivière qui peut servir de frontière ou de passage, de trait-d'union. On y constate les axes de voiries sur lesquels s'appuient les ensembles parcellaires. On peut aussi voir les noeuds, les centres (bourgs, villes, simples carrefours, ponts, édifices, ...) qui font converger les traits de parcellaires et la voirie.
Avec sa 3D, Google permet aussi de voir les accidents topographiques qui sont des contraintes majeures dans l'aménagement du sol.

Avec un petit peu d'habitude, si l'organisation du territoire obéit à une démarche programmée sur un espace , même peu étendu ; on peut le voir sur Google.
Mais rien ne dit que les éléments qui ont participé à la structuration du paysage soient aisément visibles.
Par exemple, une voie ancienne qui a été à l'origine de l'implantation d'un parcellaire peut avoir disparue ; mais le parcellaire en question est peut-être encore partiellement visible.
Pour illustrer ces premiers propos de ce que l'on peut déjà nommer "archéogéographie", voici quelques exemples.


Sur cette première photo, le grand axe de voie Est-Ouest en bas de l'image est une voie antique. Une seconde voie est observable en oblique vers le Nord-Ouest, les deux chaussées se rejoignant dans l'angle bas à droite de l'image pour prendre la direction Sud-Est. Certaines parcelles (près des bois) semblent s'organiser selon la voie qui est devenue moins perceptible dans le paysage.



Sur la seconde image, un carrefour de voies disparues est visible dans la plaine entre Varengeville-sur-Mer et Offranville. Deux chemins qui ne figurent plus sur aucunes cartes actuelles se croisent dans la parcelle verte, et d'autres chemins ou limites marquées de parcelles anciennes sont visibles dans la partie basse de l'image.



La structure générale de l'habitat est facilement observable sur les photos satellites, comme ce village-rue qui a traversé le temps dans l'Aliermont. L'origine en est médiévale. Ce type de structuration est assez classique et pourrait être visible dans de nombreuses régions.



L'organisation de l'espace agricole est tout à fait perceptible avec ce superbe groupe de clos-masures près de Goderville, paysage typique du Pays de Caux avec ses îlots de verdure dans l'openfield. Les clos-masures sont des ensembles agricoles de dimensions variables formés d'une parcelle entourée d'un "fossé" (talus planté d'arbres de haut jet), et occupée par les bâtiments et structures agricoles implantés de façon répétitive d'un clos à l'autre (habitat, grange, écurie, colombier, mare, charretterie, ...). La dimension de la parcelle est à l'image de la richesse du fermier.


Ainsi commence une démarche d'archéologie du paysage.

dimanche 27 mai 2007

Lire le Paysage - 1

Lorsque quelqu'un de mes relation apprend que je m'interroge à propos du paysage, de son sens, de son histoire, de son utilité sociale... et j'en passe ; l'une des premières questions qu'il me pose est : Comment fait-on pour comprendre un paysage ?
Et invariablement, ma réponse est la même. Comprendre un paysage veut dire : savoir comment il fonctionne. et un paysage ne fonctionne que si il a une histoire, un présent et un avenir. On pourrait aussi dire que pour comprendre un paysage (grand ou petit) il faut :
1 - savoir d'où il vient et donc comment il a été construit, transformé, habité... et par qui.
2 - le regarder vivre et fonctionner aujourd'hui avec ses acteurs, ses organisateurs, et sans les absents qui pourraient le faire vivre autrement.
3 - espérer son devenir dans une démarche prospective, et donc forcément sur des bases de réflexion "scientifiques" avec des scénarios intégrant données végétales, faunistiques, humaines et artistiques.
Oui, j'ai bien dit "artistiques" car le paysage n'est pas que ce que l'on regarde et dans lequel vivent plantes, hommes et animaux. Il est aussi un espace de création, quelle soit controlée, programmée, ou spontanée, auto-organisée.

Comprendre le paysage, c'est aussi trouver sa propre place sur le fil du temps de l'espace concerné, dans son évolution, sa dynamique. Oui, le paysage est avant tout Dynamique.
Et quel dommage de voir la sensibilisation au paysage(s) en milieu scolaire réduit à ceci :
1/ observer et décrire
2/ analyser et confronter
3/ synthèse.
Cette démarche, très géographique (normal car elle prend place dans le cours de géographie) est très restrictive et ne laisse pas le champ de l'imaginaire pour l'élève. Comment pourrait-il un jour devenir paysagiste, ou simplement jardinier ?
Il faut alors l'intervention d'un enseignant très motivé, et faisant preuve d'une grande sensibilité paysagère pour dépasser le stade de l'analyse superficielle.
Comment trouver le bon chemin entre Pays et Paysage, Lecture sensible et Artialisation, Intérêt patrimonial et Patrimonialisation figée, Lire le paysage et Vivre le paysage.

Autant de discipline, autant de démarche qui demandent à être associées pour participer à la compréhension des dynamiques paysagères : sciences dures, sciences de la vie et de la terre, sciences de l'homme et de la société... toutes ont leur place dans notre compréhension de ce paysage que l'on ne fait pas regarder.