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vendredi 3 juin 2011

Les paysages de l'au-delà !

Le paradis existe-t-il ? Pour le croyant, la réponse affirmative ne déclenche pas forcement une projection visuelle de ce paradis. Dans son livre, mal nommé "Guide du Paradis", Michel LEGRAIN nous présente une série d'illustrations du paradis, aux Editions Armand Colin. Tant dans les arts graphiques que dans la littérature, les choix fait par l'auteur sont frustrants. Chacun d'entre nous connait d'autres exemples de visions de l'Eden, et les commentaires qu'en fait Michel Legrain restent très subjectifs ... et pour cause. Son avantage est d'être transchronologique. Il permet aussi la visualisation et ne s'embarrasse pas des métaphores et de commentaires trop pourléchés de romantisme. Donc vous pourrez peut-être construire avec son aide votre propre image idéalisé d'un paysage du paradis, d'un Éden bien terrestre ou irréaliste à souhait. L'idée qu'un guide touristique du paradis nous y aide est assez originale.



Mais pour construire ce paysage du paradis qui sera propre à chacun d'entre nous , encore faut-il être capable de concevoir ce que nous y attendons. Cette démarche plus personnelle demande donc un autre accompagnement. Un bon contrepoint au livre de Michel Legrain est celui de Pierre CONESA, qui porte le même titre "Le guide du Paradis" aux éditions de l'Aube en format de poche (coll. Essai). Il vous amène à une autre lecture du paradis, celle de la religion et des choix de paradis que nous pouvons faire, ou que la société nous conduit à faire. Sommes nous libre de choisir notre paradis ? Devrons-nous admettre un paradis préparé par les sages et les illuminés ou bien simplement l'imaginer avec l'aide de nos propres créations picturales ou littéraires ? Pour reprendre l'idée du sous-titre du livre de P. Conesa, attention à la publicité mensongère !



mardi 12 avril 2011

CulturesMonde, émissions de Florian Delorme

Une série de quatre émissions de CulturesMonde est consacrées aux cartes avec pour titre : Tout de carte. les invités de la première sont Marie-Françoise Durand, agrégé et responsable de l'atelier de cartographie de Sciences-Po et Jacques Lévy, géographe également enseignant à Sciences-Po.

A télécharger et écouter ici :
http://www.franceculture.com/emission-culturesmonde-tour-de-cartes-14-l-ethique-du-cartographe-2011-04-11.html


Bon à savoir, l'émission de jeudi 14 aura pour invité Gilles A. Timberghien, philosophe, enseignant à Paris I et à l'Ecole Nationale Supérieure du Paysage de Versailles. Son dernier livre "Finis terrae - imaginaire et imagination cartographique" paru chez Bayard en 2008 est une référence à lire.

mardi 28 septembre 2010

De retour

Après une absence pour raison professionnelle, PenserPaysage va reprendre du service. Je vous en dirais plus dans quelques jours.

Mais commençons par une nouvelle, ou plutôt une absence de nouvelle à Abbeville.

L'église Saint Jacques, marqueur du territoire local est menacée de destruction. Voilà plusieurs années que la question est posé de sa conservation. Une mise hors d'eau est nécessaire.
La question est régulièrement venue dans les débat locaux mais aucune décision de semblait prise et l'église Saint Jacques paraissait en sursis. Donc pas de nouvelle, et à ce jour toujours pas de nouvelle officielle.


Mais voilà qu'une rumeur locale annonce la décision de la destruction pour le 6 octobre.

Cette question des églises qui coûtent si cher à entretenir mais qui sont essentielles à l'identité de nos villages et nos territoires a été posé ici même à propos d'un des édifices de la paroisse de Doudeville en Pays de Caux.
Pour moi, les églises sont comme ces arbres marqueurs des limites d'un ancien fief ou d'une marnière rebouchée, ou encore d'un lieu ancien et oublié de l'histoire d'une commune. Ils sont l'identité du lieu.
Ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit. La même chose peut être affirmé d'une mosquée, d'un beffroi, d'une synagogue ou du campanile d'un château qui serait marqueur dans l'espace de vie d'une communauté. Il s'agit simplement d'identifier quel est sont rôle et à quoi peut-on l'affecter ou la réaffecter, si besoin.

Celle d'Abbeville est comme beaucoup de ces églises en piteux état, un édifice néogothique de la fin du XIXe siècle. Certaines sont aussi néoromanes, voire les deux à la fois. Souvent réalisées à moindre coût et avec des techniques de maçonneries insuffisamment efficaces, elles menacent souvent périls, comme celles d'Héricourt-en-Caux ou Saint-Paul de Rouen peuvent en témoigner. Ce ne sont pas seulement les chrétiens qui doivent réagir, c'est tout citoyen concerné par l'histoire de nos villes et villages qui doit pouvoir exprimer son avis sur cette question profondément identitaire;

Pour découvrir cette église :
http://www.dailymotion.com/video/xcd58w_eglise-saint-jacques-dabbeville-som_travel

Vous pouvez aussi intervenir sur le groupe dédié sur Facebook :
http://www.facebook.com/home.php?#!/group.php?gid=378143912189

Et demander des informations auprès de la mairie d'Abbeville :
service.communication@ville-abbeville.fr

mercredi 11 août 2010

Matt Simmons est mort

Le nom de ce banquier ne vous dit sans doute rien, pas plus que le nom de son cabinet d'expertise Simmons & C°.

Si je vous dis "Twilight in the desert" (rien à voir avec la série de livres à succès de Stéphenie Meyer), vous pouvez peut-être faire le lien avec l'Arabie Saoudite, pays qui est au centre de ce livre de Matt Simmons.


Il y développe une théorie, créée par King Huppert, sur le pic pétrolier (the peak oil) où le financier qu'il est donne raison au géologue. Il demande surtout une plus grande transparence de la part des pays producteurs et des sociétés exploitantes des réserves pétrolières afin de mieux prévoir l'avenir, anticiper les changements fondamentaux qui finiront par survenir de l'après-pétrole, et éviter une spéculation sans raison sur les produits qui ont sont dérivés.


Aujourd'hui, où l'on commence à mesurer l'impact du pétrole dans notre société, dans l'aménagement du territoire et nos paysages, avec ce que cela comporte d'irréversible, la fiabilité des informations sur les ressources énergétiques n'est toujours à l'ordre du jour. Elle devrait pourtant figurer au premier plan de nos préoccupations. Pour garantir le statut quo pacifique actuel entre producteurs et consommateurs, pour mieux préparer les alternatives, pour faciliter les prises de conscience des populations. La fuite du puits du Golfe du Mexique pourrait servir de leçon, non seulement pour la prise en compte du risque environnemental, mais aussi pour mesurer à quel point cette ressource est précieuse et non renouvelable.
Attendons donc la prochaine catastrophe ! Et il faut continuer de répéter les demandes de transparence des gouvernements et des sociétés pétrolières déjà demandées par Hupper et Simmons depuis plusieurs années sur les productions, consommations et états des réserves de l'ensemble des pays.

mardi 13 juillet 2010

Camp climat

Juste un rappel pour ne pas oublier cet évènement régional qui concerne la planète entière.

http://campclimat.org/

du 22 juillet au 1er août près du Havre.

Pour venir, renseignez vous sur le site internet, le lieu sera divulgué le jour même.

dimanche 14 février 2010

Vers la Réforme Territoriale

Chaque territoire cherche à s'identifier par des critères représentatifs. Les paysages, et leur gestion, sont souvent très liés à l'unité administrative qui les contient.
La réforme des collectivité territoriale est un projet en gestation depuis un bon moment maintenant, avec un travail en cours important conduit par la commission dite Baladur, Comité pour la Réforme des Collectivités Locales.
Une très belle démonstration de ce qu'il est possible de faire est proposé par Cécile Duflot, secrétaire nationale des Verts. Je vous invite à écouter cette longue vidéo sur le site de la commission :
http://www.reformedescollectiviteslocales.fr/les_travaux/?mode=auditions&press_id=101.

mardi 9 février 2010

C'est quoi la performance

Je viens d'entendre sur France Inter une série de commentaire sur des propos de Eric Besson, ci devant Ministre de "nos libertés qui s'arrête là où commence celle des autres".
J'ai entendu parler du Paysage Sécuritaire, et surtout de "performance de la sécurité intérieur".
L'association de ces propos me fait froid dans le dos.
La notion de performance fait référence à celle de record, de dépassement de soi, d'effort humain, de compétition. L'associer à la sécurité intérieure donne un goût nauséabond de besoin de quantification des résultats policiers avec ses risques de dérives, déjà pratiquées : mises en garde à vue abusives, agression policière, surveillance des populations sous couvert de sécurité voire d'anti-terrorisme ...
Le Paysage sécuritaire, c'est une association de mots qu'il vaudrait vraiment mieux remplacer par celle de carte de la sécurité car le paysage est quelque chose que l'on voit, qui est libre et qui ne saurait en aucune façon être une contrainte de nos liberté.
Or je crains vraiment que nous allions vers ce régime pseudo sécuritaire qui ne vise qu'à nous contraindre ... Tout cela en vue d'électoralisme visant la population de ceux qui ont peur par ceux qui jouent à faire peur.

La fameuse LOPPSI a de sacrés relents !

jeudi 22 octobre 2009

Retourne tes yeux au-dedans de toi !

Il semble que tout commence ici, puis , et aussi . Ayant vu enfin ceci, à mon tour je poursuis l'idée ... mais avec mes mots plutôt qu'avec une photo.

Quand je mets mes yeux en dedans,
que je regarde à l'intérieur de moi,
je vois le seul vrai paysage, en grand.
Celui qui fait que j'ai grandi,
où j'ai croisé d'autres chemins de vie.
Ce n'est pas vraiment une image,
C'est une odeur, c'est un parfum.
L'ombre sur la paupière dessine des visages,
C'est plus qu'un paysage, c'est comme un long chemin.

Que je mets mon regard au-dedans de mon coeur,
Je vois de la lumière qui parle de couleurs,
Des enfants qui s'enfuient, d'autres qui s'en reviennent.
Et les chants des sirènes qui peuplent les rivages.
...

J'ai retourné mes yeux et j'ai vu mon passé,
les trajets parcourus, les mots que l'on partage,
Et j'ai dis à mon fils, toujours les yeux fermés :
Ne fais pas comme moi, surtout ne sois pas sage.


Ces quelques mots simples ont été écrit simplement avoir vu les photos cités en haut de message. C'est pas du Rimbaud, juste un moment partagé.
Vous aussi, faites l'expérience. Regardez les images (celles-ci ou d'autres qui vous inspirent) et laissez vous porter par votre paysage intérieur.

mercredi 10 juin 2009

Epoustouflant

Qui aurait pu dire que la liste Europe-Ecologie ferait un tel résultat à l'élection au parlement européen du 7 juin ? Même chez les Verts, parti à l'origine et, en quelque sorte, colonne vertébrale de cette liste, la surprise était réelle. Il suffit de voir la tête de Daniel Kohn-Bendit.
L'analyse des résultats pourra prendre de longues semaines, mais je pense qu'on ne saura jamais comment les reports de voix se sont effectués, surtout en tenant compte de cette abstention qui laisse un goût amère à toute victoire. Penser que seulement 4 à 5 personnes sur 10 ont fait leur devoir électoral doit faire relativiser tous les résultats.

Le mariage de la carpe et du lapin ?
Pour les Verts, le défi de taille était de proposer une liste avec des non-Verts ... et ça a marché. Sans doute en partie grâce aux personnalités de premier rang que sont DKB, Eva Joly et José Bové, même si ce dernier a pu empêcher le vote de quelques modérés.
Alors pourquoi cette réussite ? Il faut sans doute en chercher les causes dans une lecture plus sociale de notre petit monde politique.

L'une des principales stratégies de la droite classique en matière de communication et de proposition est de nous dire, et de nous redire, ce qui est dangereux pour la société, ce qu'il ne faut pas faire, énoncer les risques, bref nous proposer du "mieux" en nous expliquant comment éviter du "pire". On pourrait schématiser en évoquant la stratégie de la droite traditionnelle comme une volonté d'étouffer les utopies des populations. La phrase célèbre : "ma liberté s'arrête où commence celle des autres" y trouve son application directe. Plutôt que de chercher à améliorer les libertés des uns et des autres ; les partis de droite définissent les limites, barrières et autres interdictions pour mieux contraindre.

Penser autrement
Europe Ecologie, c'est tout le contraire. L'utopie des écologistes est réelle, la recherche d'une meilleure qualité de vie, d'une augmentation des libertés dans le respect d'autrui, ne pas faire que le droit et la justice se substituent au débat et à la cordialité ... oui, l'idéologie verte est profondément utopiste. Mais elle est aussi tout à fait pragmatique. Le dépliant distribué durant la campagne des européenne contient de nombreuses propositions qui sont déclinables au niveau plus local, et qui seront sans doute développées lors des débats plus locaux qui s'annoncent.
Le succès de la liste Europe Ecologie n'est certainement pas dans la diffusion du film Home (pour lequel de nombreux écolos restent au minimum réservés à propos de l'origine des financements), il est dans cette démarche utopique et pragmatique à la fois, qui fait envisager la politique comme le "domaine des possibles" et de l'ambition collective.

Dernier élément, les positions intellectuelles des Verts et des non-Verts de la liste Europe Ecologie revendiquaient l'intelligence de savoir travailler ensemble, même avec des désaccords. Europe Ecologie s'appuie sur la qualité de la démocratie participative, l'un des piliers de l'écologie politique. Rappelons que la démocratie participative a fait son entrée dans les outils européens avec le Traité portant une Constitution européenne, dans son article I-47, et que Barack Obama s'inspire du sociologue Saul Alinsky qui prône la participation.


Des idées qui prennent corps
L'originalité du mouvement en cours, c'est bien qu'il y a une réelle réflexion et analyse sociale collective dont de nombreuses contributions peuvent être découvertes sur le site et dans la revue Cosmopolitiques, que je vous invite à découvrir.

Profitez-en pour lire ou relire Isabelle Stengers, et aller faire un tour chez "les empêcheurs de penser en rond", notre pensée collective a beaucoup à y gagner.

vendredi 3 octobre 2008

Savoir vivre pleinement le temps présent

C'est bien l'un des mots de notre temps de vouloir toujours être dans la prospective ou dans le passé.
Mais notre société n'est pas dans n'importe quelle démarche prospective.
Elle aime voir un avenir qui fait peur. Le pus bel exemple est donné par les médias qui sont toujours là pour ne redire les catastrophes prévisibles, naturelles ou économiques, que l'on pourrait éviter ... si on voulait, ou que la nature va nous imposer.
Elle est aussi dans la prospective idéaliste. Celle des missions vers Mars qui vont résoudre nos problèmes énergétiques, celles des immeubles futuristes qui vont créer de nouvelles dimensions sociales au Moyen Orient comme à Paris.
Cette prospective est celle des clichés, des a-priori, du bling-bling (!).

Mais nous vivions aussi, bien souvent dans le passé. Et c'est celui du merveilleux qui surgit dans les superbes émissions de France 3, des grandes découvertes archéologiques qui nous redisent les âges farouches (si, si ceux de Rahan et de ses copains), par les belles dames du temps jadis que nous racontent la presse.
Le passé est aussi celui de la proximité, et cela depuis bien moins longtemps. Ce passé de nos famille et de nos village, petits métiers, gens de peu et vie quotidienne, si chère à Jean-Louis Beaucarnot.

Et entre les deux. Quand faisons nous le lien entre passé et futur ? Les médias nous abreuvent de récits du passé, d'informations sur le présent et parfois de projection vers des lendemains qui ne chante pas toujours ; mais jamais les médias ne prennent le temps de nous expliquer comment la connaissance du passé et les évolutions observées nous on conduit jusqu'à aujourd'hui. Et comment cette connaissance pourra nous aider à préparer l'avenir.
Ce sont alors les plus petits évènements comme les faits les plus marquants de notre monde qui peuvent être essentiels.

Voilà le vrai sens, selon moi, de l'expression vivre le temps présent. Le comprendre dans ce qui le constitue, par ce qui lui permet d'exister. Il ne s'agit pas de regarder derrière soi pour avoir des regrets et des remords mais de construire devant soi avec ce que l'on est et en pleine conscience d'où l'on vient.
Je prend souvent l'exemple des "pas japonais", ces pavés qui nous permettent de traverser les pelouses de jardins. Les pavés sur lesquels j'ai marché, je les prend et les réagence selon une autre organisation, j'y ajoute de nouvelles formes, de nouvelles matières, de nouveaux pavés... et avec cela je fabrique l'avenir.

Et pour savoir dans "quel temps" nous vivons, lisez, ou relisez "L'Esprit du Temps" d'Edgar Morin. C'est sans doute l'un des ouvrages les plus novateurs du XXe siècle.

samedi 24 novembre 2007

Réflexion à partir du travail de Jean-Philippe NUEL

JP Nuel n'est pas paysagiste, il n'est pas historien du paysage, ni artiste du plein air... il est décorateur d'intérieur. Son agence d'architecture et décoration figure parmi les plus importantes.
Lors de l'émission "Des racines et des ailes" de mercredi 21 novembre, l'agence Nuel figurait au programme et son fondateur parmi les principales personnalités suivies par les journalistes.

Jean-Philippe Nuel a réussi à faire entrer le paysage dans une chambre d'hôtel. Ce n'est pas la première fois qu'en plaçant le lit face à la fenêtre sur un paysage significatif, le locataire de la chambre se retrouve en même temps occupant du paysage qu'il observe. Ici, Nuel va plus loi.

LES CHAMBRES ET LES SALLES DE BAIN DIALOGUENT AVEC LE PAYSAGE Le lit se trouve au milieu de l’espace face à la vue, il en est de même pour la salle de bain qui bénéficie également d’une vue directe sur l’extérieur. La chambre et la salle de bain constituent un espace global très lumineux que l’on peut moduler selon son choix par de grands panneaux de verre dépoli. La baignoire comme le lit est au centre des pièces, le plan vasque fait face au paysage, la douche comme une pièce à part entière permet une utilisation à deux personnes. Les couleurs sont toutes en camaïeu pour apporter un sentiment de quiétude et de douceur, la couleur est une ponctuation tonique apportée principalement par des œuvres d’art originales. (texte extrait du site de l'agence Nuel - Jiva Hill Park Hotel - Genève).


Sur la table, placée entre le lit et la fenêtre de la chambre, se trouve un cadre, posé verticalement. Cadre transparent, juste bordé d'un liseré métallique. Depuis le lit, le locataire regarde le paysage avec une limite, comme un tableau ... mais le paysage n'est pas contraint, il s'échappe du cadre.
Alors, donc, le paysage existe hors du cadre, il ne se limite pas à la toile, à l'image, le paysage existe sans sa représentation. Non, le paysage est libre d'être sans contrainte, sans être créer dans sa figuration comme le voulait Alain Roger.

Dans la chambre d'hôtel, le paysage occupe trois dimensions de la pensée. Pour un observateur allongé sur le lit, il est dans le cadre posé sur la table, il se poursuit en-dehors du cadre jusqu'aux limites de la fenêtre, et il est imaginé se dilatant hors du second cadre de la fenêtre pour s'épanouir dans l'espace que le voyageur retrouvera en sortant de l'hôtel. Le paysage est entré dans la chambre d'hôtel. Et en même temps, l'observateur est devenu participant au paysage qui dans sa dimension la plus réduite n'existe que pour lui, que par lui.

Magie de la fabrique pluridismentionnelle du paysage, mystère de la relation de l'objet observé avec l'observant.

Cela m'évoque un "exercice de lecture de paysage" simple que chacun peut facilement tester :
1 - Placer vous devant un grand paysage... ou plus discret...paysage plus quotidien.
2 - Placer vos mains de façon à forme un cadre, un peu comme un petit écran et regarde le paysage par cette lucarne. Décrivez-le mentalement.
3 - Dressez vos deux bras verticalement, coude fléchis, de façon à limiter votre vision latérale et de créer ainsi une fenêtre au cadre plus large. Décrivez à nouveau mentalement ce que vous voyez.
4 - Baissez les bras. Regardez. Voyez-vous le même paysage ?
5 - Tournez la tête de droite et de gauche et prenez conscience de la continuité paysagère.

Quels points communs y a-t-il entre ces paysages plus ou moins fragmentés, si ce n'est l'observateur ? Le paysage est multi-scalaire, il est non-centré, il échappe au contrôle. Il est simplement multiple. Et seul l'homme le fragmente.

mercredi 12 septembre 2007

Théodore Monod et Francis Thompson

« Quand on cueille une fleur, on dérange une étoile. »

Attribué à Théodore Monod, mais extraite d'un poème de Thompson, j'ai entendu cette phrase a plusieurs reprises et je prends aujourd'hui conscience de sa relation avec le paysage.

Le parcellaire est un constituant éminemment stable de la structure du paysage, les corridors écologiques et les structures du paysages végétal forment un équilibre qui supporte mal les modifications, la chaine trophique d'un milieu constitue un équilibre souvent précaire dès que l'homme intervient, la notion de "climax" (souvent remise en cause) sous-entend un équilibre qui ne sera que temporaire ou jamais atteint... alors ...

Sommes-nous en mesure de prendre la décision de rompre ou de maintenir cet équilibre ?

En replaçant la phrase dans le poème dont elle est issue, le sens devient encore plus criant. Et à la suite de Gilles Jobin, je vous renvoie vers la phrase de Christian Bobin, dans L'Équilibriste. Il nous dit : « Pour lire un roman, il faut deux ou trois heures. Pour lire un poème, il faut une vie entière. » Et ce poème là pourrait bien être un chemin de vie.

When to the new eyes of thee
All things by immortal power,
Near or far,
Hiddenly
To each other linked are,
That thou canst not stir a flower
Without troubling of a star.



Un texte merveilleux dont vous pourrez découvrir l'intégralité ici.



dimanche 8 juillet 2007

Périurbanité

Il est logique pour la plupart d'entre nous de penser que chacun doit avoir son lieu de vie, son habitat individuel, si possible avec un petit coin de nature autour. L'apogée de la maison individuelle et séparative est bien présente.

Depuis quelques années, l'intérêt des paysagistes pour le fait périurbain est devenu assez général. L'aménagement paysager des banlieues cherche à améliorer la qualité de vie des résidents. L'agriculture périurbaine nécessite des mesures de protection et d'une bonne gestion des espaces qui y sont consacrés.
Et rarement, il est envisagé de supprimer la notion de "banlieue". Cette dernière est toujours évoquée par rapport à un centre, or aujourd'hui une ville a bien souvent plusieurs centres : historiques, économiques, administratifs...
Notre société évolue selon le principe du développement de l'emprise au sol de nos habitat. L'espace devrait pourtant être économisé pour laisser de la place à ceux avec qui nous partageons la planète, plantes et animaux. L'homme a trop pris l'habitude du développement horizontal après avoir tenté la marche vertical des tours et gratte-ciel.
Ces immeubles ont montré leur manques d'humanité et pour éviter ce peur collective de la vie en IGH (immeuble de grande hauteur) dont l'extrême est visible dans le film Blade Runner, l'homme à préféré "manger la campagne".

Alors que les services des Directions Régionales de l'Equipement se restructurent, ils oublient que la mission d'organisation de l'habitat leur incombe. L'urbanisme peut aussi densifier l'habitat et limiter cette faim d'espace de nos villes et de nos banlieues.
On pourrait commencer par accepter de vivre dans des maison jumelées ou groupées, plutôt que de chercher à tous prix ce jardinet autour de notre cher foyer.
En réduisant la place de la voiture dans nos villes et nos villages, nous pouvons aussi libérer de l'espace pour rendre un habitat plus dense et plus agréable.

Les paysagistes devraient oeuvrer en ce sens et montrer que l'habitat individuel n'est pas toujours la panacée. Par exemple en visant l'aménagement de qualité des espaces collectifs, on peut envisager de réduire l'emprise des espaces privés. Cela aussi pour renforcer le lien social et diminuer notre esprit trop individualiste.
On dit que la banlieue manque de lien social, alors on en fabrique souvent artificiellement. On pourrait également réinventer des centres, plus denses et plus coopératifs. Faire que les banlieus deviennent des quartiers. Et les résidents auraient plaisir à "être" du quartier plutôt que de la banlieue de la ville qui n'est que leur voisine.

Une décroissance de notre urbanisme, en quelque sorte.

jeudi 24 mai 2007

Jardin et Idéologie

Hier soir, dans le cadre de l'émission "Mondes et Merveilles", sur France 5, la seconde partie de l'émission était consacrée à un enregistrement d'une conférence filmée spécialement au Théatre Mouffetard. Le généticien Pierre-Henri Gouyon venait raconter l'histoire des gènes, et celà de façon très humoristique.
Il a évoqué la position selon laquelle les gènes étaient fondamentalement considérés comme "de droite", depuis les évènements de 68 car les chercheurs de ce domaine montraient plus que de la frilosité face aux mouvements de cette époque.
Sous-entendu donc, que par opposition, les domaines comme les Sciences de l'Homme et de la Société (SHS) étaient forcément "de gauche" ; chose confirmé par une simple étude des faits, même si les intellectuels de droite étaient bien présents.
Si l'on considère notre domaine scientifique orienté vers le paysage, il est clair que bon nombre de grands théoriciens comme de grands paysagistes n'hésitent pas à montrer leur positionnement politique à gauche. Mais peut-être qu'il existe cependant des passionnés de paysage ailleurs, y compris parmi les plus scientifiques qui se positionnent clairement à droite. Ils peuvent être simplement moins portés à faire connaître leurs avis politique et leurs engagements éventuels en ce sens.
J'ai d'ailleurs tendance à penser que cela est profitable.

Peu m'importe de savoir que le paysagiste X ou l'artiste de jardin Y vote UMP ou PC.
Si il a choisi de faire que ses convictions politiques soient moteur de ses travaux ; alors ceux-ci devraient spontanément le montrer par un peu d'analyse - ne serait-ce que par les incidences sociales que l'aménagement paysager provoque.
Mais justement, le travail sur le paysage étant, par essence même, une réponse à une demande sociale, n'est-il pas forcément un positionnement politique ? Et dans le sens du non-partisant, non-simplifié, non-endoctriné. Il suffit de repenser à l'épopée des jardins ouvriers et des jardins familiaux pour voir la diversité des sensibilités politiques qui s'y sont intéressé.

Il me semble inconcevable d'imaginer un paysagiste du Front National qui ferait un aménagement de jardin de type Frontiste et qui serait identifiable comme tel.
Existe-t-il un paysage ou un jardin communiste ?
Le paysage ne saurait se reconnaître d'un parti.

Mais rien n'empêche que le jardin se reconnaisse d'une idéologie.

Nous regarderons dans les prochaines semaines les évènements du monde politique qui pourraient concerner nos centres d'intérêt, les prises de position d'Alain Juppé et de ses DIREN. Y-aura-t-il une politique du paysage sarkosienne ?