lundi 11 juin 2007

Google et paysage

Dans une précédente note, j'ai glissé une image issue de Google Earth montrant le jardin botanique de Dijon. Mais, en quoi Google sert-il l'étude du paysage ?
Les photographies de Google sont des images réalisées à partir d'un satellite avec une très forte définition. Par comparaison, Géoportail présente une définition assez similaire, mais cela est variable suivant les secteurs.
Pour la Haute-Normandie, Google est en train de rattraper, voire de doubler Géoportail au niveau de la qualité. En général, pour la France, la précision des raccords entre images est moins bonne sur Google.

L'observation de Google est une première étape pour comprendre les grands traits morphologique d'un territoire. La mise en évidence de certains des "morphogènes" est possible dès ce niveau. On y observe une rivière qui peut servir de frontière ou de passage, de trait-d'union. On y constate les axes de voiries sur lesquels s'appuient les ensembles parcellaires. On peut aussi voir les noeuds, les centres (bourgs, villes, simples carrefours, ponts, édifices, ...) qui font converger les traits de parcellaires et la voirie.
Avec sa 3D, Google permet aussi de voir les accidents topographiques qui sont des contraintes majeures dans l'aménagement du sol.

Avec un petit peu d'habitude, si l'organisation du territoire obéit à une démarche programmée sur un espace , même peu étendu ; on peut le voir sur Google.
Mais rien ne dit que les éléments qui ont participé à la structuration du paysage soient aisément visibles.
Par exemple, une voie ancienne qui a été à l'origine de l'implantation d'un parcellaire peut avoir disparue ; mais le parcellaire en question est peut-être encore partiellement visible.
Pour illustrer ces premiers propos de ce que l'on peut déjà nommer "archéogéographie", voici quelques exemples.


Sur cette première photo, le grand axe de voie Est-Ouest en bas de l'image est une voie antique. Une seconde voie est observable en oblique vers le Nord-Ouest, les deux chaussées se rejoignant dans l'angle bas à droite de l'image pour prendre la direction Sud-Est. Certaines parcelles (près des bois) semblent s'organiser selon la voie qui est devenue moins perceptible dans le paysage.



Sur la seconde image, un carrefour de voies disparues est visible dans la plaine entre Varengeville-sur-Mer et Offranville. Deux chemins qui ne figurent plus sur aucunes cartes actuelles se croisent dans la parcelle verte, et d'autres chemins ou limites marquées de parcelles anciennes sont visibles dans la partie basse de l'image.



La structure générale de l'habitat est facilement observable sur les photos satellites, comme ce village-rue qui a traversé le temps dans l'Aliermont. L'origine en est médiévale. Ce type de structuration est assez classique et pourrait être visible dans de nombreuses régions.



L'organisation de l'espace agricole est tout à fait perceptible avec ce superbe groupe de clos-masures près de Goderville, paysage typique du Pays de Caux avec ses îlots de verdure dans l'openfield. Les clos-masures sont des ensembles agricoles de dimensions variables formés d'une parcelle entourée d'un "fossé" (talus planté d'arbres de haut jet), et occupée par les bâtiments et structures agricoles implantés de façon répétitive d'un clos à l'autre (habitat, grange, écurie, colombier, mare, charretterie, ...). La dimension de la parcelle est à l'image de la richesse du fermier.


Ainsi commence une démarche d'archéologie du paysage.

2 commentaires:

zara whites a dit…

c'est vrai que c'est magnifique vu du ciel, j'aime beaucoup regarder google earth moi aussi!!

Swingphil a dit…

Esthétique et science font bon ménage sur ces vues du ciel. Chacun y trouve ce qu'il veut, ce qu'il souhaite, peut-être ce qu'il cherche.
Pour moi, j'y vois des formes élégantes ou frustes, puis j'essaye de comprendre comment celà s'est créer, enfin je pense aux hommes qui sont passés par là.