mardi 27 novembre 2007

Entre Ciel et Mer : Dominique Hervé

La photographie de paysage, c'est normalement : un peu de ciel, la vision d'un espace plus ou moins ouvert, souvent un premier plan, le tout dans une fenêtre que l'on nomme cadre.
Avec Dominique Hervé, dans son livre "Entre Ciel et Mer" le sol a presque disparu. Est-ce encore du paysage ?

Dire non, ce serait oublier que la rôle du ciel est essentiel dans la perception paysagère. Il suffit de regarder le travail des peintres qui sont venus sur la côte d'albâtre.


Dominique Hervé a fait, durant des années, un formidable travail d'animation du monde de la photographie dans la région du Havre, à Montivilliers avec "Zoom en Seine", et maintenant "Imagerie Normande". Il est loin d'être un inconnu dans le monde de la photographie normande et son site vous permettra de découvrir "un peu" de son travail.

Son album "Entre Ciel et Mer" vient d'être édité à compte d'auteur et livré à ses souscripteurs le week-end dernier. Il a pris le risque... cela en valait la peine.
Il a franchi ainsi aujourd'hui un nouveau cap, celui de la création totale en se rapprochant encore plus de la peinture, travail d'un peintre qui se ferait imposer ses pigments par la nature. Est-ce plus de contrainte ou plus de liberté qui passe dans ces photos ?

Il raconte par l'image, l'histoire d'un paysage, ses variations, prises de vues effectuées toujours au même endroit avec le même cadre. Même la pelouse qui occupe le premier plan raconte par ses couleurs et luminosités l'histoire du lieu.

L'expérience, aventure visuelle, de D. Hervé est proche de la démarche d'un observatoire photographie sauf que la place des éléments "eau et air" y est fortement dominante, omniprésente, voire exclusive. Oui, si la terre est absente (ou presque) le paysage est fort et l'homme semble avoir disparu.


Eau et mer, souffle et courant, nuages et vagues... ces couples magiques et mouvants forment des paysages qu'il faut ressentir, dont il faut s'imprégner. Certaines images évoqueront les violences des éléments, d'autres le calme et le repos, d'autres enfin...

Paysage de nature, observatoire photographique des éléments.

samedi 24 novembre 2007

Réflexion à partir du travail de Jean-Philippe NUEL

JP Nuel n'est pas paysagiste, il n'est pas historien du paysage, ni artiste du plein air... il est décorateur d'intérieur. Son agence d'architecture et décoration figure parmi les plus importantes.
Lors de l'émission "Des racines et des ailes" de mercredi 21 novembre, l'agence Nuel figurait au programme et son fondateur parmi les principales personnalités suivies par les journalistes.

Jean-Philippe Nuel a réussi à faire entrer le paysage dans une chambre d'hôtel. Ce n'est pas la première fois qu'en plaçant le lit face à la fenêtre sur un paysage significatif, le locataire de la chambre se retrouve en même temps occupant du paysage qu'il observe. Ici, Nuel va plus loi.

LES CHAMBRES ET LES SALLES DE BAIN DIALOGUENT AVEC LE PAYSAGE Le lit se trouve au milieu de l’espace face à la vue, il en est de même pour la salle de bain qui bénéficie également d’une vue directe sur l’extérieur. La chambre et la salle de bain constituent un espace global très lumineux que l’on peut moduler selon son choix par de grands panneaux de verre dépoli. La baignoire comme le lit est au centre des pièces, le plan vasque fait face au paysage, la douche comme une pièce à part entière permet une utilisation à deux personnes. Les couleurs sont toutes en camaïeu pour apporter un sentiment de quiétude et de douceur, la couleur est une ponctuation tonique apportée principalement par des œuvres d’art originales. (texte extrait du site de l'agence Nuel - Jiva Hill Park Hotel - Genève).


Sur la table, placée entre le lit et la fenêtre de la chambre, se trouve un cadre, posé verticalement. Cadre transparent, juste bordé d'un liseré métallique. Depuis le lit, le locataire regarde le paysage avec une limite, comme un tableau ... mais le paysage n'est pas contraint, il s'échappe du cadre.
Alors, donc, le paysage existe hors du cadre, il ne se limite pas à la toile, à l'image, le paysage existe sans sa représentation. Non, le paysage est libre d'être sans contrainte, sans être créer dans sa figuration comme le voulait Alain Roger.

Dans la chambre d'hôtel, le paysage occupe trois dimensions de la pensée. Pour un observateur allongé sur le lit, il est dans le cadre posé sur la table, il se poursuit en-dehors du cadre jusqu'aux limites de la fenêtre, et il est imaginé se dilatant hors du second cadre de la fenêtre pour s'épanouir dans l'espace que le voyageur retrouvera en sortant de l'hôtel. Le paysage est entré dans la chambre d'hôtel. Et en même temps, l'observateur est devenu participant au paysage qui dans sa dimension la plus réduite n'existe que pour lui, que par lui.

Magie de la fabrique pluridismentionnelle du paysage, mystère de la relation de l'objet observé avec l'observant.

Cela m'évoque un "exercice de lecture de paysage" simple que chacun peut facilement tester :
1 - Placer vous devant un grand paysage... ou plus discret...paysage plus quotidien.
2 - Placer vos mains de façon à forme un cadre, un peu comme un petit écran et regarde le paysage par cette lucarne. Décrivez-le mentalement.
3 - Dressez vos deux bras verticalement, coude fléchis, de façon à limiter votre vision latérale et de créer ainsi une fenêtre au cadre plus large. Décrivez à nouveau mentalement ce que vous voyez.
4 - Baissez les bras. Regardez. Voyez-vous le même paysage ?
5 - Tournez la tête de droite et de gauche et prenez conscience de la continuité paysagère.

Quels points communs y a-t-il entre ces paysages plus ou moins fragmentés, si ce n'est l'observateur ? Le paysage est multi-scalaire, il est non-centré, il échappe au contrôle. Il est simplement multiple. Et seul l'homme le fragmente.

mardi 20 novembre 2007

Le Paysage pour les débutants - 2


Pourquoi utilisons-nous le mot de paysage pour qualifier tant de choses différentes ?
De la peinture au paysage banal que nous cotoyons chaque matin en franchissant notre porte ; du paysage culturel au paysage mental, un seul mot dont le principal critère est d'être polysémique (qui a plusieurs sens).

Le mot "Paysage" apparait en France pour la première fois en 1549, au même moment (ou presque) qu'en italien - paessagio - en portugais - paysagem - ou en espagnol -paisaje.


Augustin Berque fait remonter l'origine de la notion de paysage à "l'introduction à la peinture de paysage" de Zong Bing au IVe siècle en Chine du sud.

En Europe, le premier mot qui qualifie le paysage est l'allemand Landschaft dès le VIIIe siècle qui qualifie le territoire (landschap en néerlandais, landskip puis landscape en anglais). En Italie, la fin du moyen-âge voit l'apparition du mon paese pour parler d'une représentation picturale d'un pays.

Pierre Donadieu met en vis à vis les deux sens de "paysage", celui de l'image artistique (genre paysage très lié à l'image) et celui de l'étendue visible d'un territoire (plus proche du mot d'origine anglo-saxonne).

En français, "paysage" vient donc du "pays" et est lié au picturalisme, à la peinture de paysage. Quand ce mot est associé à un autre, on peut dire qu'il s'agit du regard porté sur un domaine quelconque. Et le mot qualifie toujours à la fois l'objet et la représentation de l'objet.

Illustration : Montagne Sainte-Victoire et Etretat

vendredi 16 novembre 2007

Par delà le paysage !

Une simple phrase qui dit bien ce que je cherche avec l'étude des paysages.

"Ce n'est pas l'endroit que l'on trouve beau qui compte, c'est les gens qui y vivent."
Titouan Lamazou,
sur les ondes de France Inter, Jeudi15 novembre 2007.

Regardez un paysage et pensez à ceux qui y vivent, qui en vivent. Il prendra une autre "couleur".

mardi 13 novembre 2007

Paysages menacés et confisqués

La Pointe de Caux est mise à mal.

Deux projets d'aménagement sont présents dans les débats et dans les médias depuis quelques jours : la décharge envisagée à La Remuée et la construction d'un terminal méthanier à Antifer. Certes les verts se sont déjà saisi de ces dossiers mais le problème paysager est réel.

Par sa superficie de plusieurs dizaines d'hectares, la zone d'enfouissement de déchets demande de fortes perturbations en terrassement dans un secteur où rien ne passe inaperçu car les perspectives sont nombreuses et profondes.

A Antifer, la mer ne prend pas la couleur huileuse qu'on craignait. Prendra-t-elle l'odeur du gaz ?
L'infrastructure envisagée demande là aussi de gros travaux et la valleuse, pour le moment encore épargnée, n'y survivra pas. Car, en plus du port lui-même, de très nombreux aménagements annexes sont à attendre... pour transporter une énergie fossile et polluante.
Dans ces deux cas, il y a surtout la confiscation d'une vue, d'un paysage qui relève du "grand paysage". Là où l'on peut observer des détails dans le lointain, comme ressentir les lignes générales qui structurent l'espace et les massifs végétaux qui colorent la vue.

Avec le centre de déchets comme avec le port méthanier, l'accès sera très contrôle et le paysage confisqué.
Mais ces deux points dans notre territoire haut normands m'oblige à poser la question : Avons-nous vraiment pris conscience que l'espace est quelque chose de fini. Nous restons consommateur d'espace, irresponsables et suicidaires. Regardez bien la région havraise, et voyez la vitesse effrayante les lotissements, les zones d'activités mange la campagne. Et c'est cette même région qui va encore perdre de l'espace de perspective, au "bénéfice" du stockage de nos "poubelles" et du transport de notre énergie.

Mais dans un cas comme dans l'autre, des avis sont encore à venir. La défense de l'environnement, c'est aussi la défense des paysages.

Clichés : Site officiel de La Remuée, Antifer par Pascal Le Fichant et Port Autonome de Havre.

dimanche 11 novembre 2007

Soirée Blogueurs rouennais

Ce court message pour remercier celles et ceux que j'ai croisé lors de la soirée de jeudi dernier (très enfumée) au Riff, sur l'invitation de Sébastien. Ambiance sympa et avec mélange des genres. C'est d'ailleurs ce que l'on attend de ce genre de rencontre.
Ce fut aussi l'occasion de repositionner ce blog ; peut-être trop spécialisé et trop technique. Ah ! jargon quand tu nous tient.

Alors je vais suivre dorénavant le conseil de Barbie (merci, toi !) et prendre le temps de rédiger de courts textes pour expliquer les grands principes de l'étude du paysage. Premier volet placé hier sur les définitions... et à suivre sur le mot "Paysage".
Une sorte de section : "Le Paysage pour les Nuls"... d'accès libre et gratuit.

Et une question pour suivre : si vous possédez des photos de rond-points de la région, je suis preneur. Merci d'avance. Sur ce thème, il y aurait bien quelque chose à faire pour les "Lamosa Boys".

J'attends vos commentaires.

samedi 10 novembre 2007

Le Paysage pour les débutants - 1

Voilà un thème qu'il fallait bien aborder un jour ou l'autre.
L'étude, la compréhension, l'envie de paysage n'est pas forcément une démarche innée. Il est utile pour certains de passer par certains préliminaires.

Tous n'auront pour objectif que de nous faire comprendre pourquoi être sensible aux paysages (et aux nombreuses autres notions qu'ils cachent) nous rend acteurs de la société.



Premièrement : Tenter une définition.

De nombreuses définitions existent. La plus classique, issu du dictionnaire est :
"Ce qui est sous l'étendue du regard".
Elle ne me satisfait pas car elle évoque trop la notion de "vue", terme qu'il faut garder en réserve.

Celle de Jean Robert Pitte (géographe) est couramment utilisée: « Le paysage est l’expression observable par les sens (la vue, l’odorat, l’ouïe), à la surface de la terre, de la combinaison entre la nature, les techniques et la culture des hommes. Il est essentiellement changeant et ne peut être appréhendé que dans sa dynamique, c’est à dire l’histoire qui lui restitue sa 4ème dimension ».
La présence du temps donne au paysage une épaisseur, une dynamique.
Cette définition contient en elle-même à la fois la "qualification" du paysage, la relation au "sensible" avec les 3 sens mentionnés, mais aussi le "monde savant" (nature, techniques et cultures). De nombreux chercheurs de notre domaine voient ici le coeur du débat, l'analyse de la relation nature-culture (présente dans plusieurs disciplines) semblant parfois la seul voie pour comprendre ce qu'est la paysage.


Autre définition, celle de la convention européenne du paysage : « Paysage » désigne une partie de territoire telle que perçue par les populations, dont le caractère résulte de l’action de facteurs naturels et/ou humains et de leurs interrelations.

Courte et efficace mais nous renvoyant encore à la relation nature - culture (on finira par parler encore d'Edgar Morin). C'est celle qui est la plus courante (sous-entendue) dans les textes officiels actuels.

Mais ma définition préférée est celle donnée par Gilles Clément : Le paysage, c'est ce qui reste en mémoire lorsque l'on n'est plus sur le site, c'est donc une lecture subjective. Ce qu'il y a dans le paysage n'est que construction. Mais le paysage, c'est aussi le jardin. Et en cela, nous construisons du paysage, nous jardinons la terre close (finie) comme un jardin, nous sommes donc des artisans-jardiniers du "jardin planétaire".

Et en effet, on peut envisager que le paysage n'est jamais uniquement naturel mais toujours soumis à l'action de l'homme, jardiné, aménagé. Ces aménagements sont étudiés par de nombreuses disciplines et chacune d'elle propose donc une (ou plusieurs) définition du paysage.

En conjuguant toutes les définitions, on peut proposer :
Le paysage est à la fois un espace vu et observé, ensemble d'éléments soumis à l'homme à l'intérieur de cet espace, et dont la perception sensible nourrit la mémoire paysagère de l'observateur. L'observateur est médiateur en même temps que lecteur et interprète.

Pour faire simple, la paysage est d'un côté, il est observé. Le souvenir du paysage est de l'autre côté, il est l'expression de ce qui a été ressenti. L'observateur est entre les deux.

Cette explication rapproche la lecture du paysage de celle de l'expression artistique. Le spectateur n'est pas inerte, il interagit avec ce qu'il voit, il est lui-même acteur. Lorsque je regarde un paysage, j'agis sur lui en le mettant en ma mémoire.


A suivre : Le mot PAYSAGE


vendredi 2 novembre 2007

Paysage et étalement urbain

Voilà un rendez-vous qui correspond en plein à l'une des problématiques majeures de l'avenir de notre paysage.
L'étalement urbain a-t-il encore un sens ?
Nos villes, pour lesquelles les écrivains de sciences-fiction inventaient un avenir vertical, visible aussi au cinéma (Blade Runner ...), sont en fait devenus des villes horizontales.
Les urbains sont de gigantesques consommateurs d'espace.

Et pourtant, cet espace est gagné sur les terres agricoles, sur les espaces naturels, sur les zones humides, sur des zones qui pourraient être vouées à la sociabilité, à la vie collective, à l'expression de notre société...

Lors des débats de PLU et autres SCOT, cette notion même de "trouver de l'espace", n'est que rarement remise en question. La logique des élus est toujours de voir leur commune se développer. Même si les techniciens de la DDE leur montrent les "dents creuses" à combler, les "vérues" à aménager, les hameaux à laisser vivre à part ; les maires ne voient que l'habitat qui s'étend autour d'une centre qui n'est même plus un lieu de vie.
Alors que le carburant finira par manquer,
que les déplacements devront absolument être plus limités,
que notre société perd le sens collectif,
que le modèle français reste la propriété individuelle d'un pavillon avec son gazon, ses plantes de jardineries (toutes les mêmes) et les 2 voitures pour aller bosser,
ne faut -il pas prendre le contre-pied pour aller vers un autre aménagement de l'espace péri-urbain et urbain ?

Ces points seront certainement abordés Mercredi 7 Novembre à Mont Saint Aignan.